Voyage de la Boussole dorée

Parcourir le monde pour voir et apprendre ce que l'homme, dans l'infinité de son imagination et de sa créativité, est capable de produire avec ses mains, son ingéniosité et les matières premières à sa disposition. Parcourir le monde pour tenter de comprendre comment s'est structurée cette humanité si diverse, si complexe et si contradictoire, à travers un moyen d'expression bien particulier : le textile. Parcourir le monde pour intégrer en moi cette diversité, cette richesse, cette complexité ; les digérer, les transmuter et inventer ma réalité textile. Voici ce qui constitue un vieux rêve que je décide aujourd'hui de réaliser : un voyage d'étude textile à travers la Russie, la Mongolie, la Chine, l'Asie centrale, l'Iran, la Turquie et les Balkans.

Sur les femmes russes : mais où est donc passée Ella Maillart ?

Publié dans CHAPITRE I : RUSSIE

 

 

 

Je ne sais pas encore ce que sera en définitive cet article : ou bien un hommage aux femmes russes, ou bien une critique de la femme russe. 

 

Si vous avez déjà parcouru mes articles précédents, vous savez ô combien j'eus à de nombreuses reprises des difficultés avec des femmes russes, mais bien sûr aussi, comment ce fut le coup de foudre avec certaines d'entre elles.

 

Alors ce texte relève du très délicat : comment ne pas heurter toutes mes amies russes que je chéris sincèrement, sans pour autant piétiner sur l'objectivité de mon ressenti (je sais, ces deux mots ne vont pas bien ensemble, mais je les utilise à dessein) ?

 

En fait, je vais d'abord vous parler d'Ella Maillart, et de tout ce qui m'avait nourri, a propos des femmes russes, avant d'arriver en Russie.

 

Ella Maillart, je l'avais déjà évoquée dans mes premiers articles sur la Russie. Cela fait donc un petit moment que je voulais vous en parler plus précisément.

 

Ella Maillart fut une voyageuse intrépide au début du XXème siècle. D'origine suisse, elle maîtrisait déjà plusieurs langues avant de partir se balader en Russie, dont elle tira son premier roman Parmi la jeunesse russe (1932), où elle raconte son immersion à Moscou, puis à travers un périple qui l'amènera jusqu'au Caucase, avec la jeune et fraîche nouvelle génération tout droit sortie du premier moule soviétique.

Son deuxième livre, Des monts célestes aux sables rouges (1934), retrace son périple - complètement délirant, en lisant ça, je me suis bien juré que je n'étais pas une Ella Maillart - à travers toute l'Asie centrale. Elle y observe les changements qui y sont en cours dans tous ces "pays en stan", amenés par l'hégémonie soviétique après la formation de l'URSS, d'un point de vue économique comme social, et notamment elle est très sensible d'interviewer les femmes musulmanes "libérées du harem" par le gouvernement russe. 

 

Son travail d'observation est très fin, et même s'il peut être biaisé par sa condition de femme européenne libre de sa vie et de ses choix (j'ai même de plus en plus l'impression que les femmes des années trente furent les plus libres du XXème siècle, avant que le traumatisme de la Deuxième Guerre mondiale n'arrive), et même s'il est parfois volontairement un peu trop neutre vis-à-vis du régime soviétique (il est bien précisé, dans la note d'introduction de Parmi la jeunesse russe, qu'elle tenait à pouvoir revenir en Russie, et surtout qu'elle n'était pas là pour faire de la politique), je le considère comme une source assez rigoureuse pour me baser dessus. D'autant plus que d'autres sources ont appuyé ce type de témoignage, lorsque j'ai pu étudier, de manière un peu approfondie, les avant-gardes russes du début du XXème siècle, dans le cadre de mes cours sur la théorie de l'art. 

 

Au début du XXème siècle, donc, les avant-gardes russes comptent autant de femmes que d'hommes, alors que partout en Europe de l'Ouest où les plus radicaux courants avant-gardistes restent d'un machisme désespérant (le pire serait peut-être bien le futurisme de Marinetti). Et ces femmes produisent des oeuvres aussi révolutionnaires que les hommes.

 

Ella Maillart nous décrit des femmes russes égales des hommes, bénéficiant des mêmes droits, travaillant sur des mêmes postes, généralement toujours attribués aux hommes dans nos sociétés même à l'heure actuelle. Il semblerait quand même que la doctrine communiste ait aplani les sexes et ait permis à des générations de femmes russes d'accéder à des métiers qui seraient encore toujours réservés aux hommes, par exemple en France.

 

Elle décrit aussi le culte du corps, non pas façon "body building", mais plutôt façon "un esprit sain dans un corps sain", de cette jeune génération, où pareil, la différence entre les sexes n'existe pas ; comme le culte de l'éducation, la culture et l'esprit sont des valeurs très importantes, et je pense depuis tout temps, dans la société russe, et l'ironie du sort, c'est que les russes ont certainement eu le plus d'accès à ces deux valeurs sous l'ère communiste.

 

Je dois préciser maintenant que je suis loin d'idéaliser une période que je n'ai pas vécu ni vu de mes propres yeux. Seulement, c'est ce qui a contribué à formater une certaine attente sur les femmes russes, de ma part.

 

Et le choc a été très brutal en arrivant là-bas et en plongeant dans la réalité de la société russe actuelle. 

 

Premier choc, comme j'en ai déjà parlé je pense dans mes premiers articles, la seule et unique question que me posèrent les adolescentes, les jeunes femmes, les femmes mariées, et même les babouchkas que j'ai pu croiser au cours de ma route, fut invariablement : "es-tu mariée ?" Puis la deuxième et unique question : "as-tu des enfants ?"

 

Je pourrais raconter l'anecdote de comment j'ai tenté d'expliquer à ma "première amie russe sur Moscou", Olga, une jeune femme qui travaille dans une agence de cours d'anglais, vers qui je suis venue désespéremment demander de l'aide en arrivant à Moscou, et avec qui j'ai passé plus tard deux heures pour un échange français-anglais-russe ; qu'en France, on avait eu Mai 68, et que cela avait révolutionné profondément les moeurs, et que partout en Europe de l'Ouest, que ce soit en Allemagne, en Grande-Bretagne ou même en Italie, un grand vent avait soufflé pour balayer la vieille société d'après-guerre et faire place à la nouvelle génération des enfants d'après-guerre. Est-ce que ce fut bien ou non, je ne m'avancerai pas dans ce débat, c'est une époque historique, et cela fait parti des faits qui ont construit notre société actuelle. 

 

Bref, pour cette adorable jeune-femme qui a exactement le même âge que moi, le fait est que c'est tout simplement absurde de ne pas être au moins fiancée à notre âge. 

 

 

Deuxième choc, d'un point de vue artistique : les femmes russes que j'ai pu rencontré sont d'un insupportable classicisme, n'ont aucune imagination ni créativité (peut-être la seule qui m'a époustouflée, c'est Anna Kovylina, la jeune femme qui m'a donné un cours de feutre et qui expérimente vraiment de manière libre cette technique). Alors, dans le cadre de mon apprentissage de techniques traditionnelles russes, c'est bien, mais sinon, qu'est-ce que cela a pu m'ennuyer parfois de ne voir que des productions "bateau".

 

Et je me suis posée la question : "Mais où sont passées les femmes des avant-gardes ?!? N'ont-elles laissé aucune trace dans leur propre société, n'ont-elles aucune descendance ?"

Même, d'une manière générale, sans parler art (et cela m'a été confirmé par une jeune femme russe avec qui j'ai parlé très franchement de ça), c'est comme si les femmes russes ne pouvaient pas s'autoriser à être "originale", que la créativité et l'imagination était réservée aux hommes. Non, les femmes russes sont trop occupées à gérer tout de la vie matérielle, elles n'ont pas de temps à perdre à créer, c'est plus important d'être pragmatique et matérialiste.

 

 

Troisième choc : la dureté, voir la méchanceté que les femmes russes entretiennent les unes envers les autres, en société. Une vraie femme russe, c'est une femme forte. Et une femme faible, ce n'est ni une femme russe, ni même une femme. Une femme russe n'a pas de place dans son coeur, lorsqu'elle évolue en société, pour la pitié, l'apitoiement, la douceur, la compassion. Si tu montres le moindre signe de faiblesse affective ou émotionnelle en public, ai-je fini par comprendre, alors tu es foutue, c'est l'autre en face de toi qui va forcément en profiter pour te dominer et t'écraser. Voilà le danger, ai-je fini par comprendre, qu'encourre chaque femme russe en société, qui pousse d'adorables et douces jeunes femmes (je l'ai observé de mes propres yeux tellement de fois), à se comporter d'une manière rude et indélicate, dans la rue, avec n'importe qui, qui chercherait potentiellement à les amadouer malhonnêtement.

 

Le plus criant des exemples que je pourrais donner est mon "altercation" avec une provodnitsa dans mon dernier train pour Irkoutsk, milieu Septembre (pour vous dire que c'était en plus pile poil dans le moment où j'étais très fatiguée et beaucoup plus irritable).

 

Je vous décris la scène : deux heures du matin, je vais prendre mon train à Krasnoïarsk pour Irkoutsk. Je suis déjà assez fatiguée car j'ai attendu le dernier moment pour prendre un taxi et arriver à la gare. Je réalise que je n'ai qu'un billet de 1000 roubles pour payer mes draps qui coûtent 110 roubles, et j'ai déjà observé qu'elles n'aiment pas trop ça, les provodnitsi, lorsque tu leur présentes même 200 roubles pour payer tes draps. 

Je sais donc déjà que je ne suis pas dans une position confortable pour le début de mon trajet, j'essaie vainement de voir dans le hall de gare si je ne peux pas m'acheter quelque chose à grignoter pour casser mon gros billet. Il est deux heures du matin, ai-je déjà dit, il n'y a que deux bouibouis ouverts avec rien d'intéressant à acheter, et en plus je vais certainement être aussi bien reçue par eux avec mes 1000 roubles que par la provodnitsa. Alors, tant pis. Je retourne dans le train et patiente jusqu'au départ et le passage de la provodnitsa pour pouvoir acheter mes draps.

 

Normalement, les draps, on les a déjà payé en réservant son billet. Sauf que j'ai fait ça par internet, et j'ai malheureusement oublié de cocher la case pour avoir les draps compris dans le prix du billet. Du coup, dans ces cas-là, il faut les payer directement dans le train. Pour les deux derniers trains, cela ne m'avait pas posé de problème, car j'avais toujours le compte ou 200 roubles.

 

La provodnitsa passe, contrôle mon billet, et, au lieu de me demander, comme les autres porvodnitsi l'avaient fait auparavant, si je voulais payer mes draps, elle m'ignore royalement et continue sa route. Elle avait sans doute bien vu mon billet de 1000 roubles que je tenais dans mes mains.

 

Elle repasse deux fois, m'ignore toujours autant, donc je prends mon courage à deux mains, et je vais en début de wagon à sa rencontre. Commence à lui expliquer poliment, EN RUSSE (à ce moment-là je commençais quand même à me débrouiller un peu mieux), que je veux acheter mes draps. 

Et là, elle se met à m'engueuler comme du poisson pourri.

Tentative de retranscription de notre "entretien" :

_ Comment ça, vous voulez payer des draps ? Avec 1000 roubles ? (geste énervé du "toc-toc" sur la tête signifiant "tu es complètement débile, il faudrait te faire soigner") Comment ça se fait que vous n'ayez pas payé vos draps avant ? Tout le monde paye ses draps avant !

_ Je suis désolée, je ne savais pas... (tentative de la gentille Lucile qui cherche à amadouer) Je veux juste payer mes draps, je ne comprends pas...(et là, avant de pouvoir terminer ma phrase par "je ne suis pas russe", elle me coupe en furie)

_ Tu ne comprends pas ? JE ne comprends pas ! (suivit tout un baraguin que je traduirais par :) Espèce d'abruti, tu ne pouvais pas y penser avec de monter dans le train, que tu n'avais pas payé tes draps et que tu n'avais qu'un billet de 1000 roubles ? Comment tu crois que je peux faire, moi, avec un billet de 1000 roubles ?

 

Après au moins deux minutes à m'incendier sans me laisser parler, et sans que je comprenne tout mis-à-part qu'elle était à la limite de l'insulte envers ma personne (d'ailleurs certainement m'at-elle insulté mais je ne connais pas les insultes russes), je perdis enfin patience, fatiguée et à bout devant tant de méchanceté gratuite pour un pauvre billet de 1000 roubles que cela en devenait un crime et une infâmie de lui proposer mon gros billet. Je m'énervai un peu, perdant du coup mes moyens avec la langue russe, et je me barrai en lâchant un "merde" bien français et bien sonore, les larmes aux yeux devant tant de connerie. 

Du coup, elle s'était bien défoulée, cela lui avait fait du bien, elle se rappela qu'elle était censée être à notre service, elle me rejoignit donc en continuant à marmoner que c'était scandaleux d'avoir un billet de 1000 roubles pour en payer 100, mais elle réveilla les personnes qui dormaient sur les couchettes adjacentes à la mienne, leur demanda si elles pouvaient me changer mon billet de 1000. L'une d'entre elles pouvait, elle le fit sans broncher, grands dieux merci, la provodnitsa prit donc l'argent dont elle avait besoin et revint deux minutes plus tard avec mes draps.

Je ne la remerciai pas ni même la regardai. A ce moment-là, je n'avais que mépris et dégoût envers elle.

 

Cette petite anecdote peut certainement en faire rire plus d'un, et renvoyer à d'autres expériences similaires vécues. Aujourd'hui, je peux aussi en sourire. Mais sur le moment, vraiment, cela a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase pour moi : j'ai réalisé que vraiment, je ne pourrai pas vivre en Russie, car tolérer la manière dont les russes se comportent entre eux en société, et dont les femmes sont les pires, m'était complètement insupportable. Non, je suis française, élevée certes "à l'ancienne" (extrême politesse, toujours faire passer l'autre avant soi, toujours culpabiliser si l'autre n'a pas autant de confort que moi, humilité feinte ou non-feinte selon les cas, bref, tout ce qui peut conduire à se faire "bouffer" par l'autre), mais je suis française avec mes valeurs de chaleur humaine partagée en toute liberté, avec mes sourires francs et chaleureux, avec ma gentillesse et ma naïveté, et je tiens plus que tout à les préserver, ces valeurs. 

Vivre en Russie, puis ensuite en Mongolie et au Népal, m'a fait comprendre que ces valeurs-là n'étaient pas universelles, que l'histoire et la culture façonnent différemment les peuples, et qu'il n'y a pas de jugement à avoir sur les différences de valeurs. Mais après cette belle expérience de la femme russe dans toute sa splendeur, la certitude que je n'étais pas faite pour vivre dans ce pays était cuisante.

 

Même, à la fin de mon séjour russe, je sentais qu'il était grand temps que je parte, car j'avais vraiment peur de devenir comme elles. Car tu n'as pas le choix, en tant que femme en Russie, si tu veux être respectée, tu dois écraser l'autre d'abord. Par exemple, dans la situation avec ma provodnitsa, si j'étais venue à elle en utilisant en premier le ton limite insultant :

"Eh ! Feignante ! Tu fais quoi ? Je veux payer mes draps, et tu ne m'as même pas demandé ! Tu fais mal ton boulot, ou quoi ? Tiens, prends mon billet de 1000 roupies que cela te plaise ou non, donne-moi mes draps et débrouille-toi pour trouver le change !"

Certes, elle aurait pu répliquer, mais elle ne m'aurait pas incendiée comme la vendeuse de poissons pourris qu'elle était, puisque je l'aurais dominée dès le départ. Elle aurait trouvé bien plus rapidement  quelqu'un pour échanger mon billet, elle aurait certainement été pas contente, mais elle m'aurait foutu la paix.

 

Cet exemple est sans doute l'un des plus violents auquel j'ai assisté, mais il y en a bien d'autres dont je n'étais pas victime mais qui m'ont tout autant révoltée.

 

Bref, chers amis lecteurs, à la fin de mon séjour, j'ai eu envie de fuir, pour ne pas devenir à mon tour une vendeuse de poissons pourris.

 

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

 

Bon, pour l'instant, j'avouerais que cet article tourne plus à la critique de la femme russe qu'à son éloge... J'en suis sincèrement désolée pour toutes mes amies russes qui seraient sucseptibles d'être heurtées, néanmoins, pour avoir échangé quand même avec plusieurs femmes, je sais qu'elles ont une certaine conscience de tout ça.

 

Enfin, le quatrième choc, fut de réaliser après quelques semaines, que la société russe était une société fondamentalement matriarcale. Et oui, je peux vous assurer que pas un homme ne prend de décision ou d'initiative sans l'aval de sa femme ou de sa mère ou de sa soeur. Et les hommes ont un immense respect pour leurs femmes. Je n'ai jamais été autant respectée en tant que femme ailleurs qu'en Russie. Et ce ne sont certainement pas les hommes non plus qui vont dicter aux femmes ce qu'elles ont à faire, elles sont totalement libres de leur vie et de leur choix.

 

Si j'avais le culot, je pourrais même affirmer que la société russe a toujours été matriarcale, par le témoignage de Dina la brodeuse (voir l'article "Dina la brodeuse d'Ostrogojsk") qui me raconta la vie de son ancêtre, sa grand-mère, par ce que j'ai pu lire des observations d'Ella Maillart et sur les avant-gardes russes, mais aussi de ce que j'ai observé avec le mouvement "néo-paganisme".

 

Le cinquième choc, c'est de réaliser que la société russe est bel et bien une société matriarcale, mais que ce sont les femmes elles-mêmes qui maintiennent à tout prix le "vernis patriarcal". Vous pensiez réellement que les hommes russes étaient de gros machos ? Allez donc faire un tour là-bas, vous vous rendrez compte très vite qu'ils n'ont pas leur mot à dire, et que s'ils essaient de s'opposer, ils sont tout de suite dominés par leurs femmes (mère ou épouse), d'une manière toujours très douce et coulante, mais ferme et intransigeante (genre "la dame de fer"), ils capitulent toujours très vite.

Non, les femmes russes s'en tiennent très bien avec la fausse idée que les hommes russes seraient machos. Et les vrais conservateurs de la Russie, ce sont les femmes. Pourquoi, d'ailleurs, feraient-elles la révolution, alors qu'elles ont déjà le pouvoir ? 

 

Oui, chers amis lecteurs, cette immersion russe fut tout de même éprouvante pour moi, dans le sens où je pus nouer tant et tant de belles relations avec des femmes comme avec des hommes (mais moins avec les hommes quand même, car la séparation est quand même assez sensible, dès qu'un homme est marié ou en couple, il ne se permettra jamais de parler à une jeune femme seule), en me rendant compte qu'une personne comme moi n'aurait jamais pu naître dans la société russe actuelle, et non pas du à un diktat des hommes, mais du à un diktat des femmes... Je n'avais encore jamais expérimenté cela, je savais que cela existait, mais je ne l'avais pas encore expérimenté.

 

J'ai encore un autre souvenir vif : celui d'une femme vraiment adorable, qui s'occupa de moi lorsque je pris mon bus d'Ostrogojsk pour retourner à Voronej. Le chauffeur de bus lui avait dit, en me plaçant à côté d'elle, de prendre soin de moi jusqu'à Voronej, car j'étais étrangère et un peu paumée (bon, je ne le nierai pas). Cette dame s'enquit à la perfection de sa mission, nous bavardâmes un peu dans le bus, à mesure de ce que me permettaient mes balbutiements. Puis, arrivées à Voronej, elle ne me laissa pas larguée dans la nature, non, elle m'accompagna, et pour aller aux toilettes, car je ne pouvais pas surveiller mes sacs en même temps, et pour m'aider à porter mes sacs jusqu'à l'autre arrêt de bus que je devais prendre. Elle me mit dans le bus et je la saluai à grands gestes.

 

Cette merveilleuse femme, m'engueula quasiment, lorsque je lui dis que je voyageais seule et qu'elle vit les sacs que je portais sur le dos. 

Transcription approximative :

 

"Comment est-ce possible qu'on t'ai laissée partir ainsi ? Seule et sans homme pour porter tes sacs? Où est ton homme ?"

 

Cela me laissa sans voix et bien mal à l'aise, sur le moment. Puis, avec le recul, je compris vraiment le sens de cette interrogation, en observant d'autres scènes entre les hommes et les femmes. 

Les hommes ne sont pas considérés pour autre chose que la force et le soutien physique qu'ils apportent à la femme. Et s'ils ne remplissent pas cette condition, alors ils ne servent à rien.

 

 

Bien évidemment, toutes ces observations laissent la place à la controverse, et j'imagine déjà ce que, par exemple, ma chère Katia (dont je vous ai déjà parlé à nombreuses reprises, voir "Spéciale dédicace au membre n°1 de la Communauté de la Boussole dorée"), pourrait argumenter, car nous avons déjà abordé ce sujet ensemble, et il est clair qu'avec ma vision de française, j'interprète beaucoup de choses sous un angle trop "aigu". Néanmoins, je ne peux qu'être honnête avec ce que j'ai ressenti et perçu auprès des hommes et des femmes russes.

 

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

 

J'en arrive donc à la conclusion que je ne me sens pas plus à l'aise dans une société matriarcale que dans une société patriarcale. Le modèle russe, dans le fond, tourne très bien, le seul problème qui commence à se poser, c'est la mortalité des jeunes hommes (drogue, alcool - et oui, ils ne sont pas parfaits, non plus, hein), donc la société russe commence à ressentir le déficit d'hommes. Je n'ai aucune idée de comment cela pourra évoluer, mais lorsque j'ai observé l'adoration et l'adulation de la plupart des mères que j'ai croisé envers leurs petits garçons, cela m'a laissé perplexe aussi.

 

Vont-elles construire une nouvelle génération de petits dieux vivants qui deviendront alors de vrais tyrans ? Non, car le respect envers les femmes est vraiment inculqué très profondément. Peut-être que dans cinquante je répondrai à cette question !!!

 

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

 

Terminons ce cycle par une note plus légère : la Russie ma manque ! Et oui, malgré tout ce que j'ai pu décrire aujourd'hui dans ma "critique des femmes russes", la Russie me manque, la langue russe me fait rêver dès que je l'entends (et il y a beaucoup de russes ici au Népal !), sans oublier le grand seigneur Baïkal, dont je me languis profondèment. Oh, je l'ai vu une fois, et comme je pouvais dire à ce moment-là "c'est bon, j'ai vu le Baïkal, je peux mourir heureuse"...

La difficulté que j'ai pu rencontrer dans mes relations avec les russes me paraît à présent ridicule par rapport à celles que j'ai rencontré en Mongolie (je vous en parlerai en détail dans mon prochain chapitre sur la Mongolie) ou celles que j'ai maintenant au Népal. 

 

Changement de culture, changement de peuples, changement de population, à chaque fois il faut se réadapter aux différents miroirs humains, et cela n'est vraiment pas facile, et surtout de ne pas rester dans le jugement de valeurs.

 

C'est l'une des raisons pour lesquelles, dans le cadre de mon voyage d'étude textile, j'ai décidé de prendre le temps de me poser dans chaque culture que je rencontre. Mon projet d'échanges de savoir-faire et d'apprentissage de techniques ne peut se faire dans des conditions superficielles. A chaque fois que je change "d'univers", je dois prendre le temps nécessaire à percevoir la mentalité locale, à m'y adpater, pour pouvoir dialoguer plus facilement. Je m'en suis rendue compte en Mongolie, où je ne suis restée qu'un mois, et où cela a été extrêmement difficile pour moi de m'adapter à "l'esprit mongol".

 

Chers amis lecteurs, le voyage que j'ai entrepris n'a pas encore de fin, et peut devenir extrêmement riche humainement et professionnellement, si je persiste dans mes efforts d'adaptation patiente, beaucoup de "cavernes d'Ali Baba" peuvent s'ouvrir à moi !

 

Alors, n'hésitez pas à me soutenir par tous les moyens possibles !!!

 

 

Boussolement vôtre

 

 

 

 

 

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Publié à 08:23, le 4/01/2014, Russie
Mots clefs : femmes russesella maillart

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