Voyage de la Boussole dorée

Parcourir le monde pour voir et apprendre ce que l'homme, dans l'infinité de son imagination et de sa créativité, est capable de produire avec ses mains, son ingéniosité et les matières premières à sa disposition. Parcourir le monde pour tenter de comprendre comment s'est structurée cette humanité si diverse, si complexe et si contradictoire, à travers un moyen d'expression bien particulier : le textile. Parcourir le monde pour intégrer en moi cette diversité, cette richesse, cette complexité ; les digérer, les transmuter et inventer ma réalité textile. Voici ce qui constitue un vieux rêve que je décide aujourd'hui de réaliser : un voyage d'étude textile à travers la Russie, la Mongolie, la Chine, l'Asie centrale, l'Iran, la Turquie et les Balkans.

Enfin mon chez-moi !

Publié dans CHAPITRE I : RUSSIE

 

 

 

 

 

Je vous avez déjà parlé il me semble de mon coup de foudre pour ma ville russe d'adoption (et oui, après ma famille russe d'adoption, il faut bien qu'il y ait ma ville russe d'adoption) : la belle siberorientale Irkoutsk.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Me voici en "old russian lady", comme me baptisa l'irlando-britannico-germain David, qui fut mon compagnon de voyage innopiné en cette fin Septembre, dans l'avant-dernière ville russe avant la Mongolie.

 

Mais je dois m'arrêter quelques secondes pour vous raconter l'histoire de mon magnifique et chaud gilet : ce fut une étroite collaboration entre mon imagination débordante et le talent de tricoteuse de mon amie Sevdija, à qui je n'ai toujours pas rendu hommage alors que mon gilet a déjà écumé six mois de voyage et m'a tellement servi que ce soit en Russie, en Mongolie, et même ici maintenant au Népal, où les nuits sont bien humides et glacées car il n'y a pas de chauffage.

 

Ce fut au début de cette année que je commençai à m'amuser à tricoter, en préparation des grands froids que je pourrais affronter durant mon voyage,la première partie de mon gilet, imaginant une composition complexe entre les rythmes des points et les rythmes des couleurs. Puis je laissai ma généreuse Sevdija se dépatouiller avec mes insctructions plutôt hasardeuses pour tricoter le reste du gilet !

La pauvre, elle me maudit plus d'une fois, lors des quelques jours records où elle réalisa le reste du tricot, stressée à l'idée de ne pas avoir le temps de terminer avant mon départ !!!

Mais le tout fut parfaitement terminé à temps, et je pus partir avec les deux ou trois kilos qu'ils pèsent sur le dos... Bien sûr, au début de mon voyage, j'étais en plein été, alors je me maudissais aussi un peu d'avoir l'idée saugrenue de transporter ce gilet d'un bout à l'autre de mon périple, mais une fois les nuits froides pointant leur nez début Septembre, j'oubliais vite les deux ou trois kilos que ce gilet représente pour savourer d'être bien au chaud et protégée du vent !

 

Alors, chers amis lecteurs, tous en coeur, remercions avec grande chaleur notre chère Sevdija pour avoir sauvé plus d'une fois votre reporter textile préférée d'un mauvais rhume ou de nuits sans dormir  à cause du froid !

 

C'était ma petite dédicace de la semaine, je n'en avais pas fait depuis longtemps...

 

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Je pense aussi que je vous avais déjà exprimé la fatigue et l'épuisement que je commençais à ressentir, déjà en retournant faire ma boucle Sibérienne. En arrivant à Irkoutsk, le 15 Septembre, je commençai donc par rester cinq jours presque sans bouger, heureusement logée toute seule (c'était la première fois en trois mois que je me retrouvais toute seule) dans l'appartement d'une jeune femme russe qui travaillait dans une auberge où j'avais résidé quelques jours un mois auparavant, avec qui j'avais sympathisé, et qui m'avait proposé de me sous-louer son appartement pour quelques jours, si j'avais besoin d'un peu plus d'intimité.

 

Bref, je ne fis vraiment rien d'autre que dormir et glander pendant cinq jours... Mais cela ne suffisait pas : il fallait aussi que je sois malade, bien évidemment... Je m'octroyai donc trois jours en plus "d'invalidité", dont deux avec de la bonne fièvre... C'est à ce moment-là que je me rapatriai à l'auberge où j'étais restée quelques jours un mois auparavant, et ce fut dans ce même moment que David l'irlando-brittanico-germain avec son accent brittanique à vous couper les oreilles débarqua dans cette même auberge. Et il arrivait à point pour que je ne m'effondre pas sous mes lamentations de découragement.

 

Très simplement et très naturellement, il me remotiva à découvrir un peu la ville, s'intéressa pour de vrai à mon projet d'étude textile, démontrant sa vive curiosité et son esprit méthodique et rigoureux quant aux moindres de mes propos sur le tissage russe (un mec qui s'intéresse au tissage, c'est déjà assez rare, mais en plus, un mec qui a déjà vu des mises en carte d'armures de tissage, alors là je ne peux avoir que du respect...) ; surtout, le soir où je devais rejoindre Lena, une des jeunes femmes avec qui j'avais participé au projet GBT (voir "Rencontre avec le grand seigneur Baïkal"), pour passer une petite semaine chez elle, il endura mon état complètement désespéré et désespérant...

Lena habite à quelques kilomètres du centre ville d'Irkoutsk, j'avais regardé sur internet quel bus prendre pour arriver jusqu'à chez elle, mais j'étais toujours tellement dans un état de fatigue que je mis une heure et demi pour trouver le bus que je voulais prendre au début... Entre temps, nous avions marché plus ou moins en rond pour trouver la station de bus adéquate, et non seulement David m'a suivi jusqu'au bout pour s'assurer que je montais dans le bon bus (vu l'état dans lequel j'étais, ce n'était pas inutile), non seulement il a supporté mes pleurnicheries (je dis mes pleurnicheries, mais bon, c'est plutôt pour dire que j'étais vraiment à bout, et que l'aventurière en moi avait vraiment disparu pour de bon), et en plus il ne m'en a pas voulu lorsque nous nous sommes retrouvés plus tard sur l'île d'Olkhon.

 

Alors juste pour ça, il mérite une médaille du courage...

 

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Il faut dire qu'Irkoutsk ressemblait très fortement à mon humeur, ces jours-ci. En même temps, cela me rappelait mes ciels gris de Normandie, alors j'en avais encore plus le bourdon...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Maisons abandonnées, en ruines, brûlées, un tout petit échantillon de ce que vous pouvez voir en abondance à Irkoutsk. J'ai même vu une vitre avec deux trous de balles de pistolet... Oui, Irkoutsk est une ville où tout peut arriver, a priori...

 

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Olga, la jeune femme qui m'offrit de louer son appartement pour quelques jours, me raconta comment la période fin 90 début 2000 (encore un témoignage de plus) a été traumatisante pour les russes, et peut-être un peu plus pour Irkoutsk, car c'est une des dernières villes de Sibérie avant la Mongolie ou le Kazakhstan. Apparemment, la décennie suivant la chute de l'Urss apporta également une grande vague de traffic de drogue venant des pays d'Asie centrale (anciens satellites de l'Urss), d'afflux de populations, et de n'importe quoi en tout genre, puisque tout était permis à présent...

 

La maison où elle vivait avec ses parents a été incendiée par un tatar ; la maison n'était pas assurée, sa famille n'avait donc plus rien et de la façon dont elle en parlait, je ne pus que supposer que ce fut une période très difficile pour sa famille. Ce qui ne les empêcha pas a priori de remonter la pente, car entre l'appartement d'Olga, ses vêtements de qualité et la bonne tenue de sa mère, j'en déduisis tout de même qu'ils n'étaient plus dans le besoin...

 

Bref, depuis ce temps-là, elle ne veut rien avoir à faire avec quoique ce soit qui porte le nom de tatar (je n'ai pas eu vraiment les précisions de l'histoire, les tenants et les aboutissants, comment un tatar peut en arriver à brûler la maison de quelqu'un d'autre, si c'était un réglement de compte, si c'était voulu, si c'était la faute à pas-de-chance). Et les Ouzbeks, les Tadjiks, les Kirghizes, les Kazakhs, sont forcément responsables de la déchéance de la société russe des années 90, car c'est eux qui ont amené la drogue, c'est eux qui sont responsables des milliers de jeunes hommes qui sont apparemment morts depuis deux decennies à cause de la drogue et de l'alcoolisme.

 

Et ce fut loin d'être la seule à me sortir ce genre de discours. J'en eu plein d'autres, des témoignages comme ceux-là : pas un seul russe ne m'a parlé positivement des populations émigrées des anciens satellites d'Urss. Cela ne vous rappelle pas quelque chose ?

 

Pour ma part, j'y ai vu une grande similitude entre l'Histoire française et l'Histoire russe quant aux rapports entretenus vis-à-vis des anciennes "colonies". La différence, c'est qu'en France il y a au minimum un petit devoir de mémoire qui se fait le jour pour les atrocités que notre gouvernement, nos militaires et hommes politiques, ont perpétué envers le peuple algérien, par exemple... Et même si je ne nierai pas les "problèmes de nos cités", pour l'avoir expérimenté de vif là où je vivais à Bruxelles, au moins, il y a toujours quand même quelques personnes pour rappeler que nous ne devons pas céder à l'intolérance pure et simple. 

 

En Russie, non seulement personne ne semble avoir conscience de comment les soviétiques ont massacré les différentes identités culturelles des différents peuples d'Asie centrale, coupés des territoires dont les frontières ne correspondent absolument plus actuellement aux zones naturelles géographiques de ces différents peuples (un peu comme partout en Afrique), ce qui a créé par la suite des conflits entre ces pays, et surtout comment ils ont déséquilibré les éco-systèmes en introduisant des monocultures intensives dans les années trente à cinquante, afin de nourrir la Russie sans trop se gêner pour anéantir l'agriculture locale millénaire ; non seulement, personne ne va tenter de relativiser les faits avec un peu de tolérance.

 

Bref, cela ne m'empêche pas de continuer à aimer Irkoutsk, et même si c'est une des villes les plus craignos de Russie.

 

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Mais Irkoutsk n'est pas qu'une ville craignos, surtout quand le soleil brille de mille feux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis il y a aussi de belles vieilles maisons en bois qui ont été restaurées, quand même.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

S'il y a bien une discipline où l'on peut accorder plus d'une médaille aux russes, c'est la sculpture sur bois. Dans les quelques villes où il existe encore des maisons en bois et qu'elles sont bien conservées, on en reste baba à chaque fois d'admirer cette dentelle de bois qu'on ne retrouve nulle part ailleurs sur le globe. 

 

Enfin, ma préférée de toutes : la maison penchée de la rue Tirimiazieva

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Entre mes différents allers-retours à droite à gauche, Irkoutsk est la ville où je suis repassée le plus de fois, et où j'ai séjourné le plus longtemps. S'il y a un seul endroit où je veux rester en Russie pour y vivre, c'est Irkoutsk, et pas une seule autre ville. Et ce qui tombe bien, c'est que c'est la ville la plus directe pour arriver au grand seigneur Baïkal, cet endroit de la SIbérie qui a définitivement retenu mon coeur.

 

 

Boussolement vôtre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié à 12:37, le 14/12/2013, Irkoutsk
Mots clefs : sculpture boissibérieisba

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