Voyage de la Boussole dorée

Parcourir le monde pour voir et apprendre ce que l'homme, dans l'infinité de son imagination et de sa créativité, est capable de produire avec ses mains, son ingéniosité et les matières premières à sa disposition. Parcourir le monde pour tenter de comprendre comment s'est structurée cette humanité si diverse, si complexe et si contradictoire, à travers un moyen d'expression bien particulier : le textile. Parcourir le monde pour intégrer en moi cette diversité, cette richesse, cette complexité ; les digérer, les transmuter et inventer ma réalité textile. Voici ce qui constitue un vieux rêve que je décide aujourd'hui de réaliser : un voyage d'étude textile à travers la Russie, la Mongolie, la Chine, l'Asie centrale, l'Iran, la Turquie et les Balkans.

Rencontre avec le grand seigneur Baikal

Publié dans CHAPITRE I : RUSSIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin arrive le grand moment : ma rencontre avec le lac Baïkal.

 

Mais avant, juste quelques mots sur Irkoutsk.

 

Revigorée comme je vous l'ai dit dans le dernier article par la rencontre avec Alexeï, j'arrivai après trente heures de train à Irkoutsk, par une belle après-midi ensoleillée. Il me fallut deux minutes pour tomber amoureuse de cette ville, le temps que je sorte de la gare, que je prenne le tram, et que j'arrive dans le centre ville (bon, allez, dix minutes), et mon coeur était conquis de manière foudroyante, encore plus facilement que pour la ville de Kazan.

 

J'ai depuis croisé plusieurs personnes qui ne partagent pas mon coup de foudre et considèrent Irkoutsk uniquement comme une ville craignos et sale (c'est vrai, c'est une ville craignos et sale, par rapport au reste des villes russes, mais pas tant que ça non plus), ou bien l'adorent de manière inconditionnelle comme moi.

 

J'eus le même coup de foudre lorsque j'arrivais pour la première fois à Marseille, en 2004. Marseille est aussi une ville craignos et sale (quoique, d'après ce que j'ai observé la dernière fois que j'y suis retournée en 2011, la municipalité a fait beaucoup de "ménage") : peut-être que c'est ça, en fait, j'aime les villes craignos et sales...

Je n'ai pas eu le même coup de foudre avec Bruxelles où j'ai vécu trois ans, car la ville m'a réellement repoussée aux premiers abords, mais par contre, à partir du moment où j'ai accepté d'apprendre à la connaître, elle n'a jamais quitté mon coeur non plus.

 

Qu'est-ce que je peux bien retrouver de si merveilleux dans ces trois différentes villes craignos et sales, vous demandez-vous ?

 

La première réponse, qui vient comme un coup de fouet : ces trois villes sont des carrefours de civilisation depuis qu'elles existent, des plaques tournantes de tout ce qui transite par le commerce (des bonnes choses comme des mauvaises choses), et des lieux d'échanges en tout genre, autant culturels que commerciaux.

Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de tensions ou de frictions entre les différentes communautés (surtout à Bruxelles, que je considère, pour l'avoir vécu de l'intérieur, comme une ville où le mixage des populations ne s'est pas franchement fait d'une manière idéale), ni qu'elles sont des modèles exemplaires de ville. Néanmoins, ce que j'ai ressenti à chaque fois, c'est que chaque culture, chaque peuple peut y avoir sa place à part égale avec d'autres cultures, d'autres peuples. En gros, qu'il n'y a pas de minorité, que tout le monde à son mot à dire, même s'il ne pèse pas très lourd poids face à la majorité.

 

Deuxièmement, il y a une dynamique qui se dégage de ces villes-carrefours : cela vibre de partout, c'est intense, tout est possible.

 

Par exemple, je n'ai pas du tout ressenti ça à Moscou, car la gigantissime a perdu toute son humanité dans sa croissance monstrueuse, et du coup le carrefour des civilisations perd son intensité.

 

 

Pour revenir précisément à Irkoutsk, il est d'autant plus vrai, qu'après avoir parcouru plusieurs villes russes, qui dans le fond, se ressemblent toutes assez fortement, puisque l'ère soviétique est passée par là, a fait "table rase du passé" et aménagé les grandes villes sur le même schéma pour une uniformation rationnelle, j'eus un profond soulagement de me retrouver devant toutes ces maisons en bois, certes toutes croûlantes et délabrées, par quartier entier, et que finalement les grands immeubles ou les gratte-ciel étaient sporadiques et ne polluaient pas autant mon horizon.

 

Et puis dans les rues, il y avait autant de faciès asiatique, que de type "russe blanc slave" !!! Enfin ! Enfin une ville où les immigrés des anciens sattelites de l'URSS (les pays en stan : Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, Ouzbekistan, Turkménistan ; mais aussi les pays du Caucase), ne sont pas que confinés dans les métiers ingrats (ouvriers du bâtiment, chauffeurs de minibus, balayeurs, etc.).

Cela s'explique aussi par le fait que nous ne sommes plus très loin de la Mongolie, et qu'en plus, la République de Bouriatie jouxte l'oblast de Irkoutsk. Les bouriates sont une ethnie mongole, de religion bouddhiste majoritairement, chamanique sinon, et ils ne ressemblent en rien, mais en rien, aux russes slaves, et cela, vous le ressentez directement en arrivant à Irkoutsk. Il y a dans cette ville une touche de douceur et de légèreté que vous ne trouverez pas ailleurs.

 

Bref, je compris dès mon premier jour là-bas, que j'y étais comme à la maison, et que bien heureusement, j'avais prévu dans mon programme d'y rester plus longtemps que dans les autres villes.

 

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Mais revenons au lac. 

Je ne vous avais point expliqué en détail ce qu'était l'Ong Great Baikal Trail : une Ong américaine implantée à Irkoutsk pour "sauver" le Baïkal... Enfin, c'est ce que l'on croit quand on lit le site, et c'est aussi pourquoi on s'engage dans un de leurs projets, qui sont théoriquement conçus pour développer l'éco-tourisme (et éviter de massacrer les magnifiques rivages du lac livrés au tourisme galopant, mais surtout, au désintérêt total des russes pour la préservation de leur nature), mais aussi pour nous apprendre, en tant que volontaires, comment créer un sentier en respect et en adéquation avec l'environnement.

De belles idées, hein ? Au programme : découverte d'un éco-système unique au monde, apprivoisement d'un milieu naturel à des fins respectables, et surtout, la valorisation de notre ego car nous avons "oeuvré pour le bien de la Terre, et pour toute l'Humanité"...

 

Mais je vous laisse vous languir de connaître pleinement la raison de mon ton acide.

 

Revenons au lac :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici donc les deux premières photos que je pris du lac : pas les plus avantageuses...

Nous arrivâmes au lac par une journée très ensoleillée, ce qui provoqua je pense cette épaisse brume sur le lac, qui couvrait tout à plus de trois mètres de la surface de l'eau calme.

 

N'empêche, je fus tout de même subjuguée en arrivant enfin, par delà ces magnifiques collines, au bord du Baïkal. L'horizon était limité par la brume, les déchets jonchent inélégamment et nonchalamment le long des routes, et même ce pauvre camion, on se demande ce qui a pu lui arriver pour qu'il mérite un tel sort d'être abandonné ainsi. Y aurait-il eu une bombe ? Un autre mystère russe que je n'ai pas réussi à élucider...

 

Nous avions déjà fait deux heures de minibus depuis Irkoutsk, et nous faisions une pause à Культук (Koultouk), petite ville de pécheurs (enfin, pour les russes, ce n'est pas une ville, c'est un gros village) nichée au pied de ces magnifiques collines qui bordent le lac de ce côté-là.

 

Il nous restait une ou deux heures pour arriver au lieu dit : la base de tourisme de Теплые озера на Снежной (le lac Chaud sur la Snejna, traduction approximative), qui s'est installée depuis une vingtaine d'années sur trois petits lacs, à une huitaine de kilomètres de la rive sud du Baïkal, le long de la rivière Snejnaïa. Je viens juste de trouver leur site, si vous prévoyez de passer vos futures vacances là-bas, cela vaut le coup au niveau des paysages : http://www.t-ozera.ru/rest

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Heureusement, nous ne plantâmes pas nos tentes sur les rives du lac Émeraude (vous avez bien vu la beauté verte de l'eau, ce n'est pas une illusion d'optique), nous établîmes notre campement un peu plus haut, non loin du lac Féerique (j'ai vu les créatures magiques qui le peuplent en parcourant à la nage ce magnifique petit lac, c'est un lieu vraiment propice pour développer l'imagination), où nous passâmes la plus grande partie de notre temps, car c'est le sentier qui borde ce lac que nous avons "remis à neuf".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et voici notre équipe de choc, partie en excursion sur cette magnifique plage du Baïkal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant de me baigner dans l'eau de ce lac unique au monde, je ne savais pas que c'était possible d'avoir une eau aussi transparente. 

Le challenge était difficile à relever, pour le grand seigneur Baïkal : j'en rêvais tellement depuis des années, je m'étais fait tellement d'attentes, il aurait pu vraiment me décevoir. Mais non, il ne m'a pas déçu. C'était encore plus innatendu que ce que j'avais rêvé.

 

 

Quelques mots sur mes compagnons :

_ notre coqueluche, Dima, jeune moscovite de 19 ans, insupportable bavard du genre hyperactif de la langue mais grosse feignasse dès qu'il s'agit de bouger le petit doigt... 

De manière générale, il faut quand même le vouloir pour me faire sortir de mes gonds, mais Dima réussit plus d'une fois, tellement bien que je finis par inventer un code pour tenter de le faire taire dès que je n'en pouvais plus : je venais à lui en pointant une arme fictive contre sa tempe en criant "OFF!!!!"

Malheureusement, cela ne marchait pas vraiment, cela faisait rire les autres, mais pas taire Dima...

 

 

 

 

 

_ Yanka, une douce jeune femme de 23 ans, qui prit sous son aile le pauvre petit oiseau Dima (si si, elle pouvait supporter son insupportable et incessant babillage, il faudrait même lui décerner une médaille, je trouve, pour son admirable tolérance aux hypersons dimaïens)

_ le terrifiant Vladimir, avec sa voix de russe qui a fait la guerre de Crimée et qui faisait peur à tout le monde dès qu'il ouvrait la bouche...

Bon, en réalité, c'est un grand coeur plein de bonté, et l'une des personnes qui m'aida lorsque je fis ma crise complètement irrationnelle de vertige et que je ne pouvais plus descendre de la montagne sans fondre en larmes en hurlant que je ne pouvais plus bouger... Patiemment, il resta tout le long des quarante mètres à descendre, en dessous de moi, et dès que je faisais un pas je pouvais m'aggriper furieusement à sa main tendue même s'il n'y avait aucun risque que je tombe... Je vous raconterai ça plus en détail dans quelques lignes

 

_ la belle Lena, notre chef intendant, qui régissait notre quota de nourriture par jour et s'occupait des détails techniques de notre expédition ; Lena fut aussi la si généreuse amie qui m'hébergea presque une semaine lorsque je revins sur Irkoutsk un mois plus tard

 

_ Igor, pince sans-rire dont malheureusement je ne pouvais pas toujours comprendre l'humour compte-tenu de ma faible compréhension de la langue ; le doyen de l'équipe, avant que n'arrive plusieurs jours  en retard Leif, autour de la cinquantaine, du genre gros nounours finnois, très réservé mais nous réussîmes tout de même à avoir un long débat sur "comment va le monde" au coin du feu, une fois tout le monde parti se coucher

 

_ Maxim, notre chef d'équipe, heureux propriétaire comme moi d'un zénith russe, passionné comme moi de photo argentique, même qu'il n'arrêta pas de tenter de discourir avec moi sur la photo argentique en russe, et que cela faisait beaucoup rire les autres de voir la torture que c'était pour moi de parler d'un tel sujet dans une langue que je ne maîtrisais vraiment pas...

 

_ Naomy, jeune australienne de 18 ans, notre petit bébé, venue se perdre plusieurs mois en Sibérie, dans le cadre d'un échange étudiant : elle vit depuis le mois d'Avril dernier dans une famille russe, et ce jusqu'à Juin prochain, il me semble

 

_ Liza, jeune biologiste de 28 ans, qui me permit de découvrir le bagoulnik (багульник), une herbe utilisée traditionnellement par les chamans pour la divination, qui sent une odeur merveilleusement paradisiaque qui m'ensorcela complètement lorsque je trouvai la plante sans savoir ce que c'était ; éclairée par Liza, j'en profitai pour faire ma récolte et fit à nouveau bien rire les autres avec mon tas d'herbe à éplucher

 

_ Olga, notre jeune et enthousiaste interprète, chargée également de notre "entertainment" : elle nous organisa divers petits jeux de groupe, histoire de nous souder les uns les autres et que nous apprenions à mieux nous connaître

 

_ Sveta, jeune allemande de 21 ans, le caractère bien trempé des femmes d'Europe de l'Ouest, étudiante aspirante physicienne, de mère russe, elle parlait le russe presque comme elle parlait anglais, c'est-à-dire très bien, juste de quoi vous faire pâlir de honte devant vos misérables balbutiements ; nous partageâmes nos nuits sous la même tente dans d'interminables débats sur le monde en guise de berceuse

 

_ Olivia, jeune future historienne britannique, la première personne que je rencontrai à Irkoutsk et à qui je racontai mon "choc de civilisation" en découvrant les conditions de vie de la campagne russe ; la première personne qui comprenait totalement mon "choc de civilisation" et l'approuvait aussi complètement, en tant qu'européenne de l'Ouest qui a en plus étudié quelque peu l'histoire de la Russie

 

_ et pour finir, la meilleure de toutes, l'incroyable Lera, jeune femme de 24 ans, polyglotte impressionnante (anglais, français parfait, elle apprend actuellement l'hébreu, mais j'ai oublié au moins deux ou trois autres langues qu'elle pratique moins parfaitement que l'anglais ou le français) ; elle fut mon traducteur personnel, et me gratifia de quelques leçons gratuites a propos de la grammaire russe, ce qui me permit de progresser par la suite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est donc lors d'une excursion dans ces somptueuses montagnes que j'eus mon épisode "crise de vertige totalement irrationnelle".

J'avais déjà observé depuis quelques années que plus je vieillissais plus j'étais sujette au vertige. Des choses que je faisais en tant qu'intrépide gamine de quinze ans, je ne pouvais plus le faire, et m'approcher par exemple trop près du bord d'un ravin, m'emplissait d'une peur panique comme je ne me souvenais pas en avoir eu plus jeune.

Je ne m'attendais quand même pas à la crise que j'eus : à un moment donné dans l'escalade de la pente raide et glissante, je ne pus plus monter plus haut. Je décidai de rester là où j'étais tandis que les autres continuaient plus haut jusqu'à la cîme pour profiter du magnifique point de vue. Le souci c'est que des terreurs irrépressibles commencèrent à m'envahir, et lorsque j'esayai de me mouvoir à nouveau pour redescendre un peu, ce fut impossible, mais jambes commencèrent à trembler de manière totalement incompréhensible, la peur panique que j'allais glisser et dévaler la pente pour m'écraser en bas coupa tout bon fonctionnement de mon cerveau.

J'attendis donc sans bouger et sans regarder en bas que les autres redescendent. Mais quand il s'agit de les suivre, ce fut encore plus terrible : au premier pas que je fis, j'éclatai en sanglots terrifiés en hurlant que je ne pouvais pas descendre...

 

Je ne sais vraiment pas ce qu'il s'est passé ce jour-là, mais il me fallut une heure et demi pour descendre une pente de quarante mètres peut-être, guidée par non moins de trois personnes, une devant, une derrière, une à côté, pas à pas, détournant mon attention du "précipice" pour que je ne fonde pas en larmes en hurlant hystériquement que je ne pouvais pas descendre...

 

Ce qui est assez étrange, c'est que lors de la deuxième excursion en montagne, je n'eus aucun problème. Ma crise de vertige était passée, je n'eus même pas peur, ni en montant, ni en descendant, et pourtant la difficulté du terrain était la même.

Encore un mystère russe que je ne résoudrai pas...

 

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Sur le chemin du lac

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et maintenant, vous vous posez la question : avons-nous vraiment travaillé ?

Je me suis moi aussi posé cette question très rapidement, si nous étions là réellement pour travailler sérieusement, construire ce sentier éco-touriste qui permettrait de mieux respecter la nature tout en développant le tourisme.

Premier point : les russes n'en ont strictement rien à faire de l'écologie ; leur pays immense regorge de ressources diverses et variées, leur nature sauvage, indomptée et presque illimitée, et en plus ils n'en sont qu'à leur deuxième décennie de découverte de la consommation, alors cela peut bien attendre encore cinquante ans avant qu'ils ne se préocuppent de préserver leur nature... l'endroit où nous étions était en réalité une base touristique pour gros beaufs russes qui polluaient les rivages de la rivière sans sourciller et passaient leur journée à écouter leur musique de beauf à fond, alors qu'ils étaient en pleine nature

 

Deuxième point : le sentier sur lequel nous avons travaillé était un sentier déjà existant, qu'il fallait "rafraîchir". J'entends par rafraîchir : taillader les arbustes à moitié lorsqu'ils gênaient le passage, arracher les racines qui risqueraient de nous faire perdre l'équilibre, creuser à certains endroits des tranchées pour aplanir ce qui était en pente.

En tant que fille de cidriculteur qui possédait dix hectares de vergers de pommiers, j'ai eu l'occasion de m'essayer à la taille des pommiers lorsque j'avais quinze-seize ans : ce fut un désastre.

 

Laissez-moi vous narrer cet épisode comique à mes dépens, il me permettra de démontrer pourquoi je suis si acide envers les objectifs non-atteints quant à apprendre à faire un sentier.

 

Je partis donc par une belle matinée normande dans un des vergers de mon père, suivant les pas de son employé, Christian (qui faisait presque partie de la famille, à la manière normande, dirons-nous), pour apprendre la taille des pommiers.

Christian me montra en quelques minutes comment faire, m'expliqua brièvement, me laissa en toute confiance, armée d'un sécateur, et s'en alla vaquer à ses occupations.

Au bout d'un moment, il revint vers moi, surpris qu'en dix minutes je n'aie toujours pas avancé de plus de deux arbres. Ce fut de peu qu'il se retint de m'arracher le sécateur des mains. Il se contenta de me crier dessus "Qu'est-ce que tu as fait ?"

J'avais juste ratiboisé à ras deux pauvres pommiers, trop emportée par mon zèle...

 

Christian me redirigea gentiment sur une autre tâche, et je ne réessayai jamais de tailler des pommiers...

 

Maintenant, imaginez dix personnes faisant exactement ce que je fis à quinze ans avec ces pommiers : j'appelle ça un massacre.

Je ne jette bien sûr la pierre à personne, car je ne savais pas comment faire mieux, par contre, je m'attendais à être encadrée (et je n'étais pas la seule à attendre ça) par des professionnels qui savaient de quoi il retournait exactement de préparer un sentier dans la nature sauvage, sans la charcuter, en respectant les règles de base quant à l'érosion naturelle (arracher les racines n'est pas forcèment une très bonne idée sur les bords du lac).

A priori, aussi adorables furent-ils, nos encadreurs, ils n'y connaissaient pas grand chose de plus que nous, mis-à-part avoir participé avant nous à ce type de projet, avec le même genre de personnes qui ne sont pas professionnels. 

Ce fut tout de même une amère déception, d'autant plus que notre séjour prit souvent plus l'allure d'un camp de vacances plutôt que d'un projet sérieux.

 

Bon, je ne vais pas m'en plaindre de trop non plus, ce furent d'agréables moments, nous étions une sacrée équipe dynamique et enjouée, ce fut très important pour moi de renouer avec la joie et la force que peut apporter le groupe. Comme pour mon épisode de crise de vertige, je suis infiniment reconnaissante d'avoir été ainsi secourue.

 

Ce séjour en pleine nature finit de détruire toutes les illusions que j'avais quant à mon action vertueuse d'activiste écologiste, premièrement, et deuxièmement, j'ai définitivement perdu mon fantasme de la sauvageonne vivant dans la forêt en harmonie avec les bébêtes.

Ce mythe en avait déjà pris un coup lors de mon séjour chez Tatiana, il fut achevé après ces deux semaines sous la tente dans la forêt russe (et encore, ce n'était pas la pire, de ce que j'ai entendu, il y a vraiment plus hostile), harcelée par des bestioles invisibles, luttant contre les minuscules petites mouches qui formaient des essaims autour de vous dès que vous vous approchiez du feu.

Même si c'est vraiment agréable de se baigner tous les matins dans le lac en guise de douche, je ne suis définitivement pas une sauvageonne capable de vivre dans la nature sauvage... Ce ne fut pas facile de l'admettre, mais je m'y suis fait : je suis une bourgeoise occidentale qui ne renoncera pas facilement à son confort !!!!

 

Bref, mon épisode Great Baikal Trail ne fut sans doute pas du tout ce à quoi je m'attendais, ce dont je rêvais, néanmoins ce fut une extraordinaire aventure humaine. Merci à vous tous, mes chers amis avec qui nous avons partagé ce quotidien hasardeux pendant dix jours ! Merci de m'avoir accueillie avec toutes mes "aspérités" de caractère !

 

 

Boussolement vôtre,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié à 12:00, le 1/12/2013, Lac Baïkal
Mots clefs : projet GBTbaïkal

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