Voyage de la Boussole dorée

Parcourir le monde pour voir et apprendre ce que l'homme, dans l'infinité de son imagination et de sa créativité, est capable de produire avec ses mains, son ingéniosité et les matières premières à sa disposition. Parcourir le monde pour tenter de comprendre comment s'est structurée cette humanité si diverse, si complexe et si contradictoire, à travers un moyen d'expression bien particulier : le textile. Parcourir le monde pour intégrer en moi cette diversité, cette richesse, cette complexité ; les digérer, les transmuter et inventer ma réalité textile. Voici ce qui constitue un vieux rêve que je décide aujourd'hui de réaliser : un voyage d'étude textile à travers la Russie, la Mongolie, la Chine, l'Asie centrale, l'Iran, la Turquie et les Balkans.

Un ange tombé du ciel

Publié dans CHAPITRE I : RUSSIE

 

 

 

 

Nous en étions donc, chers amis lecteurs, à mon départ de chez Tatiana Groushetskaïa, le long de l'Ob.

 

Je vous ai déjà dit que j'avais le coeur un peu gros de partir, je dois vous avouer aussi que je n'avais pas du tout envie de me retaper encore les trois heures de bus pour retourner à Novossibirsk, et ensuite les trente heures de train pour arriver à Irkoutsk.

 

Et oui, déjà à ce moment-là, je commençais à fatiguer de mes incessants vagabondages : je commençais à avoir vraiment besoin de me poser, et pour plus d'une semaine. J'eus cette occasion quelques jours plus tard, me direz-vous, au sud du Baïkal, mais une de mes autres grosses angoisses était "comment est-ce que je vais tenir deux semaines sous la tente, s'il pleut tous les jours et si je suis assaillie par toutes les bébêtes imaginables, alors que cela a déjà été une épreuve physique pour moi ce séjour d'une semaine en campagne russe ?"

 

J'étais donc à me turlupiner, dans la voiture des russes qui avaient accepté de me déposer à la prochaine ville pour prendre mon bus pour Novossibirsk, coincée entre leurs sacs et les miens, ne regardant pas la route devant moi pour ne pas avoir trop de frayeur du à la conduite hasardeuse du charmant cinquantenaire qui n'arrêtait pas de parler et de me poser des questions que je ne comprenais qu'à moitié.

 

Ce charmant homme me "livra" à la gare routière comme on livre un colis précieux : il porta mon sac, s'enquit au guichet du ticket de bus, et même, demanda aux personnes devant nous s'ils ne parlaient pas français.

 

Comme si l'on pouvait trouver des gens parlant français dans une petite ville paumée du find fond de la Sibérie !?!!!!! 

 

Mais enfin, chers amis lecteurs, il suffit juste de demander, et vous obtenez !!!

 

Devant nous se trouvaient une mère accompagnant son fils pour le bus de Novossibirsk, et effectivement, il parlait français...

 

Et vraiment bien, en plus...

 

Ce fut lui, mon cadeau de la journée, mon ange tombé du ciel pour me redonner un peu de courage et de foi en mon voyage.

 

Alexeï est un jeune homme de 24 ans et il a malheureusement un handicap assez contraignant, il est mal-voyant. Lorsque je l'ai rencontré, sa vue s'était dégradée sérieusement depuis quelques mois, à cause du stress de ses derniers examens à l'université, me confia-t-il, et la dernière fois que je l'ai contacté il y a un mois, cela s'était aggravé et il devait subir une opération pour lui rendre quelque peu sa vue sur un oeil.

 

Alexeï fait parti de ceux pour qui leur handicap leur a permis de forger une résistance et une flexibilité à la vie, envers et contre tous. Doté d'un esprit brillant ainsi que d'un humour infaillible, il a un "regard" sur la vie et son monde russe très profond et très lucide, que je n'ai rencontré que très partiellement avec d'autres personnes.

 

Pour être tout à fait honnête (et vous avouer que je ne suis vraiment pas une sainte), mon premier réflexe, lorsque je compris que j'aurais comme "ange gardien" un mal-voyant, fut de me dire "et merde, je vais encore devoir faire la maman"...

Pour vous expliquer, j'ai une fâcheuse tendance à materner un quelconque être en détresse, je n'y peux rien, j'ai bien essayé de me défaire de cette mauvaise habitude, mais c'est "plus fort que moi", il faut que je "m'apitoye" sur le sort des autres et que je "m'instaure" en sauveuse... 

Ah, les préjugés ont la vie dure, hein...

 

Non seulement, Alexeï n'avait pas besoin de ma compassion à la mords-moi-le-noeud, il fait aussi parti de ceux qui se sont tellement bien adapté à leur handicap qu'ils ne tolèrent aucune pitié mal placée ; mais en plus, ce n'était pas lui qui était en besoin de quoique ce soit, c'était moi...

 

Nous passâmes les trois heures de bus sans échanger plus de trois mots, je préférais faire mon "autiste" que de me laisser aller à mon penchant de sauveuse éternelle, et lorsque nous arrivâmes à Novossibirsk, Alexeï s'instaura donc, comme tout bon russe qui se respecte, en chevalier servant de la demoiselle étrangère perdue dans la grande ville.

 

Bon, en fait, j'aurais très bien pu me débrouiller sans lui, j'étais quand même déjà rodée avec les villes russes, mais là où cette histoire est belle, c'est que très vite les caricatures que nous avions l'un envers l'autre sont tombées : après un épisode mémorable à la consigne de la gare pour déposer mes sacs, où je montrai mon plus mauvais caractère envers une pauvre dame qui suivait stupidement le réglement, mais que j'en avais vraiment marre de la capacité des employés russes dans ce genre de services à être obtus et bêtes ; je le suivis ensuite dans un bar pour boire une vraie bière (cela faisait vraiment longtemps que je ne m'en étais pas offert), et c'est avec un immense plaisir que je montrai encore plus mon plus mauvais caractère !!!!

 

Quel bonheur, je vous jure ! Quand vous voyagez seul, vous n'avez personne à qui montrer votre plus mauvais caractère !!! Si vous êtes reçu chez des gens, bien évidemment, vous faites tout pour être aimable et respectueux, ou tout au moins, vous ne vous époumonez pas sur vos hôtes, ce serait tout de même mal venu ! Et quand vous êtes en auberge, c'est la même chose, vous ne connaissez pas assez les personnes, même si vous sympathisez, pour vous permettre de vous montrer sous votre pire jour !

 

Bref, voici pourquoi Alexeï fut mon cadeau du jour, mon ange gardien : je fus insupportablement chieuse, désagréable, jamais contente, et il ne s'en laissa pas impressionner pour si peu !!! C'est pas tous les jours qu'on rencontre quelqu'un comme ça, hein ! Je n'ai pas pôpa ni môman ni même un quelconque ami proche pour exprimer le plus désagréable de moi-même, et là, je tombe sur quelqu'un que ça n'impressionne même pas !

 

Bon, peut-être que ça l'a étonné un petit peu quand même, mais après tout, finalement, je ne faisais rien d'autre que de me comporter comme une russe : quand elles sont désagréables, c'est simplement parce qu'elles ont la franchise d'être honnête avec leurs tourments intérieurs, c'est tout, plutôt que de prétendre que tout va bien alors que ce n'est pas le cas... 

 

 

Evidemment, ce qui fait la richesse de notre rencontre, c'est plus tout ce que nous échangeâmes comme conversation, que mon caractère désagréable, vous vous en doutez... Mais quand même, ces quelques heures où je pus me montrer sous mon "entièreté", me soulagèrent d'une manière inestimable. Cela me redonna le peps suffisant pour continuer mon voyage sans plus me morigéner sur mon sort ô pauvre de moi...

 

 

Je retrouvai Alexeï trois semaines plus tard, lors de mon retour sur Novossibirsk, et les quelques heures que nous passâmes à nouveau attablés devant une bière, à parler de mes expériences russes et de sa future opération, me permirent à nouveau de décompresser grâce à son humour et sa légèreté face à la vie.

 

 

Boussolement vôtre

 

 

 

 

 

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Publié à 13:12, le 18/10/2013, Novossibirsk
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