Voyage de la Boussole dorée

Parcourir le monde pour voir et apprendre ce que l'homme, dans l'infinité de son imagination et de sa créativité, est capable de produire avec ses mains, son ingéniosité et les matières premières à sa disposition. Parcourir le monde pour tenter de comprendre comment s'est structurée cette humanité si diverse, si complexe et si contradictoire, à travers un moyen d'expression bien particulier : le textile. Parcourir le monde pour intégrer en moi cette diversité, cette richesse, cette complexité ; les digérer, les transmuter et inventer ma réalité textile. Voici ce qui constitue un vieux rêve que je décide aujourd'hui de réaliser : un voyage d'étude textile à travers la Russie, la Mongolie, la Chine, l'Asie centrale, l'Iran, la Turquie et les Balkans.

Se déplacer en Russie...

Publié dans CHAPITRE I : RUSSIE

 

 

 

 

 

Encore un intermède, le dernier, promis, avant de vous raconter Tatiana Groushetskaïa : les transports russes.

 

Dans l'un de mes premiers articles sur la Russie, je vous chantais les louanges des trains russes. Trois mois après, je les chante toujours, bon, bien sûr avec quelques bémols, car entre temps, j'ai eu l'occasion d'en prendre une petite vingtaine, de trains différents, et il est vrai que la qualité du voyage dépend grandement de la qualité du train dans lequel vous êtes...

Cette qualité est un peu difficile à trouver dans les trains qui datent des années 70-80, de même que les couchettes qui ne vous défonsent pas le dos après quelques heures à dormir dessus... Mais bon, j'ai eu la chance de faire connaissance avec tellement de gens différents durant ces longs trajets que je suis toujours une fan du train russe.

 

J'ai eu l'occasion récemment de croiser de nombreux voyageurs, entre autre, plein de français, et je me rends compte que peu d'entre eux ont finalement vécu ce voyage en train de manière agréable... Il semblerait donc que j'ai vraiment eu de la chance (merci à ma boussole, si vous pensiez encore qu'elle ne servait à rien...), de ne pas passer ces heures interminables à rester tout le temps dans mon coin...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Petit aperçu des couchettes du haut... Pour moi, qui fait 1,60m, c'était déjà juste pile poil pour bien étendre mes jambes, mais je ne sais pas comment les hommes font pour dormir des heures d'affilée plié en deux...

J'ai passé la plupart de mes trajets dans ces hauteurs, j'en suis même devenue une experte en "accrobaties pour train", me contorsionnant pour faire rentrer mon sac au-dessus de ma couchette, mettre mes draps en étant déjà sur la couchette, me déshabiller en-dessous des draps...

 

Fait assez curieux, la répartition des couchettes est très codifiée : celles du bas sont souvent réservées aux femmes quand il s'agit d'un couple, aux plus âgées lorsqu'il s'agit d'une mère et sa fille ou d'une grand-mère et sa petite fille, et d'une manière générale, les hommes se retrouvent coincés en haut, s'ils ne voyagent pas seul et n'ont pas réservé longtemps à l'avance pour avoir une place en bas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quant à moi, j'ai testé deux fois la couchette du bas si convoitée, et bien, je préfère être dans mes hauteurs ! L'inconvénient majeur des couchettes du bas, c'est que quand même, durant la journée, vous n'avez pas d'autre choix que d'accueillir votre voisin du dessus pour qu'il puisse passer les heures sans être obligé d'être allongé. Et parfois, le soir, lorsque vous avez juste envie de vous coucher, mais que tout le monde est encore en train de causer autour de vous, et que votre voisin du haut n'a pas l'air d'avoir envie de se coucher, et bien vous êtes obligé de patienter qu`ils se décident à tous retourner «à leur quartier» ... Bon, bien sûr, vous pouvez très bien demander rudement de pouvoir vous coucher, mais je ne suis encore pas parvenue à "m'exprimer comme une russe"...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici, entre autre, les compagnons de la rencontre la plus notable que je pus faire dans le train:

_ Tatiana (et oui, encore une...), sa fille Anya et son mari Sergueï

_ Jacques, un arménien dont la mère était professeure de français (d’où son nom peu typiquement russe) et Sergueï bis, le petit ami d’Anya

 

Nous passâmes une bonne journée à palabrer, enfin surtout eux, moi j’écoutais d’une oreille distraite le doux chant russe sans y comprendre grand chose, et me contentais de répondre aux questions qu’ils me posaient de temps à autre.

La famille Mescherikova s’en revenait d’un mariage à Tioumen et rentrait à la maison à Omsk, ce qui fait tout de même un bon trajet d’une dizaine d’heures, étant donné qu’ils n’étaient pas tout frais du mariage, il fallait bien qu’ils tuent le temps...

J’eus donc droit au « passage du feu » lorsqu’ils sortirent leur « picnic », composé de restes du banquet ainsi que leur infâme tord-boyaux qu’ils appellent коньяк, le cognac russe, même si je ne suis pas certaine que cela ait grand chose à voir avec le cognac français dont il tire son nom...

On m’avait déjà prévenu qu’il ne faut pas vider son verre si on veut ne pas boire... Une fois vide, il est toujours immédiatement rempli, peu importe les contestations... Je trouvais assez de fermeté en moi au bout du troisième verre et laissai le quatrième intact, ainsi Sergueï le plus âgé dut le terminer à ma place lorsqu’ils durent plier bagage...

Je ne fus pas malade des suites de cet infâme tord-boyaux, par contre, j’eus des brûlures le long de l’oesophage pendant vingt-quatre heures ensuite... Non, ce n’était vraiment pas du bon cognac...

 

Nous sympathisâmes tellement, avec la famille Mescherikova, que lorsque je demandai si je passais à Omsk je pourrais aller les voir, Sergueï le plus âgé me répondit que je ne pouvais pas, JE DEVAIS venir les voir !!!

 

Ce fut accompli, un mois après, mais je vous raconterai ça plus tard...

 

C’est évident, avec le recul, comment les relations humaines sont étranges et totalement inattendues : à aucun moment je ne me suis dit que je me retrouverais dans le train, à chanter l’Internationale (juste parce que j’aime bien la chanson) en double version avec Tanya (moi en français, elle en russe) ou à corriger la prononciation de Sergueï le plus âgé pour « Peugeot » et « Citroën » (il faut bien quand même qu’il y ait quelque chose de difficile, dans notre belle langue, et ce sont évidemment toutes ces variantes de voyelles non prononcées !!!)...

De même que je ne soupçonnais pas qu’il pouvait encore m’arriver pareil « coup de foudre » partagé en amitié : le week end que je passerai ensuite avec eux à Omsk scellera une vraie et belle amitié comme il n’y en a pas beaucoup dans une vie, et comme j’aime les expérimenter !

Sans doute ne nous reverrons pas très souvent ; je les ai invité bien évidemment à venir en France, je pense que cela pourra se produire un jour, mais pas tout de suite, à cause de leurs conditions financières vacillantes en ce moment (un voyage en France pour un russe, n’est pas sincèrement ce qu’il y a de plus abordable) ; je ne pense pas non plus que je reviendrai tout de suite en Russie, et certainement pas avant plusieurs années, mais je compte bien particulièrement garder un contact épistolier avec eux !

 

 

En tout cas, il est certain que cet épisode humain fut le plus beau de mon voyage en Russie, car le plus spontané et le plus inattendu. Il relève aussi de « l’exception qui vient confirmer la règle » : il est vrai que nous sommes généralement très frappés par la « froideur » des russes que nous croisons dans la rue (c’est déjà tout à fait autre chose lorsque nous sommes reçus comme invités de la famille, les rapports ne sont absolument pas les mêmes) ; ceci prouve qu’il suffit juste de tomber sur les bonnes personnes...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je veux vous parler aussi des bus russes, en particulier ceux qui servent pour le transport urbain : les villes russes sont extrêmement bien desservies par un réseau dense de bus (автобус) et de mini bus (маршрутка), puisqu'elles sont très étendues et que le million d'habitants en moyenne a bien besoin de se déplacer sans voiture... Les prix sont ridicules, entre 10 roubles et 30 roubles à Moscou (40 roubles = 1 euro), avec les mini bus, cela peut varier en fonction de la distance, mais cela reste toujours bien moins cher qu'un quelconque transport urbain en France.

Ils commencent tout juste à envahir leurs villes avec une voiture par habitant, donc ils commencent aussi à connaître les joies de la circulation bloquée et des problèmes de stationnement, je leur souhaite seulement de ne pas faire les mêmes conneries que nous avons tous fait en Occident : perdre le réseau de transports en commun au profit de voitures individuelles. Tout le monde en Europe est bien content de clamer pour plus d'écologie le développement des transports en commun, encore faut-il s'avouer qu'il est un peu tard pour se lamenter, plus personne n'a envie à l'heure actuelle de passer par ces quelques années de «chaos» qui seraient nécessaires pour complètement restructurer nos villes et surtout nos mentalités en matière de transports en commun.

 

Ce qui m'a très impressionnée, que ce soit dans le métro ou dans le bus, c'est que les russes sont extrêmement disciplinés : tout le monde paie son ticket, et je n'ai jamais vu personne contester, ou essayer de ne pas payer, ou carrément «gruger» comme on dit entre jeunes lorsqu'on veut prendre un transport sans payer...

Et je trouve ça pas mal, ce principe, de pas payer cher le transport, du coup j'ai moins de scrupules à payer mon trajet... Entre 25 cents d'euros et les presque 2 euros que l'on doit payer dans la plupart des bus des villes françaises, la différence en dit long...

 

Il est évident aussi qu'avec de tels prix, le confort n'est pas non plus au rendez-vous (je crois bien que le mot «confort» ne fait pas partie de la langue russe, en réalité...), et je me suis aussi demandé plus d'une fois si le bus n'allait pas exploser en plein milieu de la route, tellement il était vieux et criait à chaque mètre parcouru... Avec l'humour russe que je commence à comprendre, on pourrait dire «c'est plus marrant comme ça, ça nous met plus de piment dans la vie : tu ne sais jamais si tu vas rentrer chez toi en un seul morceau !!!»

 

Oui, je comprends maintenant la «roulette russe»...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fameux métro russe dont tout le monde me rabâche les oreilles comme le plus beau métro du monde... Ouais, bof... Je ne suis pas impressionnée, c'est juste du monumental comme les russes savent si bien le faire (il faut toujours qu'ils fassent tout en grand), et des copies de styles européens déjà éculés...

Je ne comprendrais jamais pourquoi les russes sont tellement persuadés que ce qu'ils font de plus intéressant, c'est de copier ce que font les européens ou les américains. L'histoire et la culture russes sont suffisament riches pour s'auto-suffire au niveau de la création, bien évidemment, les influences des autres pays sont importantes mais ici, cela tourne souvent au pastiche de ce qui a déjà été fait en Europe.

 

Voilà donc ce fameux métro, que tu serais prêt, papa, à venir exprès à Moscou pour le voir... Je te le dis, je connais un peu tes goûts, ne viens pas à Moscou juste pour voir le métro russe, tu risquerais d'être aussi déçu que je l'ai été.

Le métro de Moscou est spacieux, bordé de grandes pierres, de marbres et autres matériaux prestigieux, mais il est d'une froideur et d'une impersonnalité qui ne conviendront pas à ton caractère, de même qu'il ne m'a pas convenu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce métro a été construit pour le bien-être du peuple ? Tiens donc, cela me laisse songeuse cette certitude... Ce métro a été construit de cette manière pour contrôler le peuple, plutôt : grands espaces, monumentalité et froideur ont été mis en place pour formater les foules, voilà surtout ce que je ressens dans ce métro.

«Déplacez-vous, déplacez-vous à votre aise, gentil peuple, dans ces longs couloirs glacés, et admirez les belles moulures que vous ne pourrez jamais avoir sur votre plafond, mais ne vous inquiétez pas, nous non plus, fidèles et honnêtes dirigeants du parti communiste, nous ne pourrons posséder à l'intérieur de notre maison toute cette richesse que nous vous donnons en pâture...»

 

Bon, mon acidité critique ne me permettra pas d'omettre la qualité du réseau, effectivement, le métro russe est bien plus efficace au niveau de la répartition sur la ville, que celui de Paris...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, pour terminer cet intermède : les voitures.

 

Après tout ce que je vous raconte, vous pensez que la voiture, c'est le moyen le plus sûr de se déplacer en Russie ?!?

 

N'avez-vous jamais rencontré d'européens revenant de Russie vous expliquant qu'ils étaient tous des fous du volant ?!?

 

Bon, apparemment, c'est pas aussi grave qu'en Asie (le pire d'après ce que j'ai entendu serait l'Inde, où l'on peut carrément voir des cadavres frais d'accidentés de la route comme si c'était la chose la plus normale), mais c'est déjà bien plus «mouvementé» que dans les pays du sud de l'Europe, qui sont déjà pour nous français, «très excités de la pédale»...

 

C'est très simple, je ne conduirai jamais en Russie ! Cela nécessite trop de capacités que je ne possède pas, comme :

_ rouler vite en essayant d'éviter les ornières de cinquante centimètres de profondeur (ce qui est assez fréquent sur les routes russes)

_ se déporter constamment sur le côté gauche de la route (donc le côté où les autres véhicules en face arrivent) pour éviter les ornières de cinquante centimètres de profondeur

_ ignorer les lignes blanches ou tout panneau susceptible de contrecarrer mon désir irrépressible de doubler la voiture devant moi qui roule déjà à plus de cent à l'heure

_ hurler sur chaque passant qui se montre assez odieux de traverser devant mon nez sur le passage piéton, alors qu'on est en ville et que je suis obligée de ralentir de quatre-vingt à l'heure à trente à l'heure

_ éviter, sur une route quasi déserte de Sibérie, les troupeaux de vaches, de moutons et de chevaux sauvages en liberté totale dans la steppe

_ louvoyer à travers les innondations que provoquent les orages russes en ville

 

C'est peut-être un peu caricatural, pensez-vous ?!? Bah, pas tellement... Je n'y croyais pas non plus lorsque le mari de Katia (ma grande amie russe dont je vous ai déjà parlé) m'a mise en garde, je me disais qu'il exagérait un petit peu... Jusqu'à ce que j'expérimente la conduite russe...

 

Le seul truc que j'ai aimé pouvoir faire dans les voitures russes, c'est de ne pas mettre de ceinture de sécurité, même à l'avant !!! De nouveau, la «roulette russe» : tu ne sais pas si tu vas rentrer vivant chez toi, mais quelle liberté de ne pas mettre sa ceinture de sécurité !!!

Vraiment, en Europe, on est bien trop policé et sérieux, on ne s'amuse plus...

 

 

Oui, je crois que je commence à prendre l'humour russe...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur ce, très chers amis lecteurs, je vous laisse pour passer enfin à :

 

«Comment je suis restée une semaine sur les bords de l'Ob chez Tatiana Groushetskaïa au royaume des moustiques n°2»

 

 

 

Boussolement vôtre

 

 

 

 

 

 

 

 

commentaires {1} - Ajouter un commentaire
Publié à 12:19, le 4/10/2013, Irkoutsk
Mots clefs : transports russesma famille russe

Commentaire sans titre

Quel magnifique paysage et pourquoi ne pas utiliser une petite moustiquaire comme quand on est apiculteur? Une étudiante de"dessin" m'a dit l'avoir utilisée au Canada dans les zones infestées.
Merci pour ce voyage que tu nous communique.

Monique - 17:03 - 11/10/2013

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