Voyage de la Boussole dorée

Parcourir le monde pour voir et apprendre ce que l'homme, dans l'infinité de son imagination et de sa créativité, est capable de produire avec ses mains, son ingéniosité et les matières premières à sa disposition. Parcourir le monde pour tenter de comprendre comment s'est structurée cette humanité si diverse, si complexe et si contradictoire, à travers un moyen d'expression bien particulier : le textile. Parcourir le monde pour intégrer en moi cette diversité, cette richesse, cette complexité ; les digérer, les transmuter et inventer ma réalité textile. Voici ce qui constitue un vieux rêve que je décide aujourd'hui de réaliser : un voyage d'étude textile à travers la Russie, la Mongolie, la Chine, l'Asie centrale, l'Iran, la Turquie et les Balkans.

Voronej

Publié dans CHAPITRE I : RUSSIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette petite ville qu'est Ostrogojsk m'enchanta grandement, j'y passai quatre jours vraiment très agréables et je serais même bien restée un peu plus longtemps ! En tout cas, il est sûr que je n'hésiterai pas à retourner par là-bas, puisque je sais que j'y serai bien accueillie, et quasiment comme dans ma propre famille (ma chère Dina me déclara même au téléphone qu'il fallait que je lui écrive et qu'elle attendait de mes nouvelles car elle me considérait comme sa petite-fille - traduction de Tatiana, et malheureusement je n'ai pas encore eu le temps de tenir ma parole), que ce soit avec Tatiana ou bien avec Dina.

 

Mes chères babouchki, je vous aime très fort, et je pense aussi très fort à vous !!!

Я очень очень очень люблю вас, мои бабушки ! Я не забываю вас !

 

Ce fut dur de partir d'un endroit aussi accueillant, d'autant plus que les cinq jours que je passai ensuite sur Voronej, furent quand même moins bien chaleureux...

 

Avant ça, j'ai oublié de vous montrer la magnifique broderie réalisée par Dina, que j'essaye de reproduire depuis un mois :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme je n'ai pas tout compris de ce qu'elle me racontait, je ne sais pas quelle est l'origine de cette broderie. Je ne suis pas certaine que ce soit vraiment quelque chose de traditionnel, mais plutôt une libre interprétation d'une technique connue (faite sur un canevas très lâche, cette broderie est un mixage entre une sorte de point de croix et un passé plat biais). J'ai immédiatement flashé sur cette broderie, parce que j'aime l'idée du jeu avec le fond, le dessin de la broderie géométrique crée une contreforme avec le tissu qu'il recouvre. 

Vu que cela ne me semblait pas trop compliqué à réaliser (long bien sûr), et que Dina eut le temps de m'expliquer très brièvement par où commencer, il ne ma fallut pas plus de quelques minutes pour décider que j'allais la reproduire toute seule. 

A ce jour, j'ai presque terminé mon ouvrage, il est proche de l'original, je pense avoir retrouvé l'esprit de la broderie, même si les proportions des couleurs ne sont pas exactement les mêmes et que je n'ai pas entièrement réussi à reproduire le mouvement de vague qui m'avait tant séduite.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma broderie n'a pas la même souplesse ni la même vitalité de couleurs, mais bon, j'ai fait ce que j'ai pu avec les moyens que j'avais (le canvas et les fils ne sont pas du tout de la même qualité que ceux qu'utilisa Dina quelques décennies auparavant)...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est ici que je logeais pendant mon séjour à Voronej, chez Irina, la petite fille de Dina et la fille de Sveta. 

Comme nous avions tellement sympathisé ce jour-là, et que Tatiana expliqua que j'allais rester plusieurs jours sur Voronej, Sveta me proposa de rencontrer sa fille et si elle était d'accord, de rester chez elle.

 

Irina fut d'accord, je passai une première nuit sur Voronej dans le studio de Natacha, puis le lendemain je retrouvai Irina.

 

Irina est une jeune femme de 23 ans qui vient juste de terminer ses études de peinture à l'université.

Elle travaille pour l'instant en donnant des cours de peinture à l'huile, c'est pourquoi j'eus à plusieurs reprises le "devoir" de rester à un endroit précis en attendant qu'elle ait fini son travail et qu'elle vienne me chercher...

 

On aurait pu penser (nous y avons tous pensé) que puisque nous partagions le même intérêt pour l'art, nous nous entendrions à merveille et nous pourrions parler abondamment de nos passions communes, mais ce ne fut pas le cas. 

De tout temps, il y eut de nombreux courants et contre-courants artistiques. Disons qu'Irina était dans un courant, et moi dans un contre-courant... Donc pas vraiment de quoi vibrer sur la même longueur d'onde... 

De plus, c'était la première fois que je restai avec une russe qui ne parlait que russe aussi longtemps, cela se passa bien, mais comme je l'ai déjà expliqué et déjà observé, le langage n'est en fait qu'une des parties de la communication : il y a des personnes avec qui le "feeling" passe tout de suite et l'on se comprendra même si nous ne comprenons pas tout en mots ; et puis il y a des personnes avec qui le "feeling" ne passe pas du tout, parce que l'on n'est pas compatibles, tout simplement, et du coup la non-connaissance de la langue devient une vraie barrière.

 

Irina fut de ces personnes-là avec moi, et pourtant nous fîmes beaucoup d'effort l'une envers l'autre, je vous le promets !!! Mais rien que dans nos tentatives de conversation, lorsque j'essayai d'exprimer quelque chose, elle comprenait tout de travers de ce que je voulais dire, même anticipait à l'avance ce que je voulais dire alors que ce n'était pas du tout ça que je voulais dire...

 

Chère Irina, je ne te remercierai jamais assez pour ton hospitalité, mais il est vrai que je n'ai pas toujours bien vécu la façon dont j'eus l'impression que tu me prenais pour une enfant de cinq ans...

 

Ce fut même très difficile pour l'aventurière vieille fille que je suis qui ne tolère pas que l'on puisse lui dire ce qu'elle a faire, où, quand, comment... Je vous assure, au-delà de la politesse et le respect que je devais à mon hôte, ce fut une véritable torture pour moi... 

 

Devoir rester des heures sans bouger dans un même endroit (même si je pouvais en profiter pour taper mes articles), en attendant que ma maman Irina revienne me chercher pour pouvoir rentrer, ce ne fut pas une expérience facile... 

Irina ne pouvait pas me laisser de clés (de toute façon, très peu de russes le font), et a priori, vu que le premier soir où elle voulut me laisser rentrer dans son quartier par mes propres moyens, que je lui répondis que je ne le sentais pas trop pour l'instant, que je préférais l'attendre le temps qu'elle aille à son rendez-vous, elle dut en conclure ensuite que j'avais peur de prendre les transports en commun toute seule (et c'est vrai que c'est quand même la jungle, à chaque fois que j'arrive dans une nouvelle gigantesque ville). Du coup, par la suite, elle agit comme si j'étais incapable de me promener seule dans la ville.

 

Ah, les difficultés de communication... 

 

Il y eut tout de même un moment très drôle : je voulais aller au cinéma, et elle se sentit obligée de m'accompagner du début à la fin. Sauf qu'elle avait quand même du travail pour elle à faire. Donc, elle m'emmena en ville, nous allâmes visiter le musée des Beaux-Arts de Voronej, puis ensuite, elle me mena jusqu'au cinéma, m'installa à une table et me demanda de rester ici en attendant le début du film (j'avais une heure et demi à attendre). Elle répéta bien avec sérieux : "Tu restes ici, hein ?"

Puis s'en retourna chez elle pour travailler à sa peinture. Elle viendrait me rechercher à 20h, au MÊME ENDROIT.

 

Chers amis lecteurs, cela faisait longtemps que je n'avais ressenti cette adrénaline : lorsque vous êtes adolescents (entre douze et quinze ans), et que vous commencez à faire des "bêtises", juste pour défier l'autorité de vos parents, ou l'autorité tout court, et que la liberté de faire ce que vous avez décidé de faire avec votre propre volonté, vous donne les frissons nécessaires pour braver les interdits...

 

A peine deux minutes après qu'elle fut partie du hall du cinéma, le coeur battant à tout rompre, je me levai précipitamment de ma chaise et courut presque vers la sortie ! Non mais ! Je n'allais quand même pas me laisser dicter mes faits et gestes par une gamine de cinq ans de moins que moi !!! J'avais une heure et demi à perdre, je n'allais tout de même pas poireauter bêtement dans ce hall alors que je pouvais très bien me promener tranquillement dans les environs du cinéma !

 

Comme je m'étais précipitée, lorsque je me retrouvai dans la rue, je vis qu'elle était encore dans la rue : je me cachai derrière un poteau ! Le coeur battant, je jettai à plusieurs reprises des coups d'oeil pour vérifier lorsqu'elle disparaîtrait de mon champ de vision...

 

Je ris bien, chers amis lecteurs ! Cela permit à ma fierté entachée d'aventurière farouchement indépendante de décompresser un peu de cette sensation de "cage"...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'une des caractéristiques de Voronej, à mon humble avis, est la quantité supérieure à la moyenne de momuments de l'âge d'or de l'époque soviétique (les années 50-60). Ceci se rapproche très fort du Monument à la Troisième Internationale de Tatline.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fameux cinéma où j'avais décidé d'aller voir un film.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec son million d'habitants, Voronej est vraiment une ville monumentale !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme dans toutes les grandes villes, le monument du "Feu éternel", pour les soldats morts durant la Seconde Guerre mondiale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et le majestueux fleuve Voronej

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'endroit que j'ai préféré de la ville : une petite rue qui grimpait la colline qui descend vers le fleuve, perdue dans cette ville tentaculaire et moderne, elle nous ramène une respiration de campagne...

 

 

 

 

 

La région de Voronej est une région très dynamique de la Russie. La ville de Voronej est un centre économique important du sud de la Russie, même si comme me l'ont expliqué plusieurs personnes, Moscou est en train de dévoré la vitalité de tous les villes puissantes de Russie pour tout recentraliser dans un seul endroit.

Heureusement pour eux, les habitants de cette région ont l'agriculture. Moi qui ait pu observé plusieurs campagnes russes, je peux à présent reconnaître lorsque cette une campagne "riche" et lorsque la misère sévit sans qu'il n'y ait aucune ressource pour améliorer les conditions de vie.

Je peux dire sans trop me tromper que les régions du Nord de la Russie, vers Arkhangelsk, sont les plus pauvres que j'ai vues. La misère de la campagne y est criante, tout est sinistre, tout est à l'abandon.

Dès que les campagnes ont la ressource vitale de l'agriculture, l'aspect des village change tout de suite : il y a de la couleur, les extérieurs sont mieux entretenus, plus vivants.

C'est le cas de la région de Voronej : des immenses surfaces cultivées de blé (qu'est-ce que c'est beau quand c'est tout doré, je n'avais encore jamais vu ça, en Normandie, je pense que le soleil n'est pas assez puissant pour dorer les blés comme ça), de tournesol et aussi une autre culture que je n'ai pas réussi à identifier.

 

Les gens sont vraiment différents, aussi : bien plus ouverts et chaleureux, on ressent un art de vivre, un plaisir de partager, un peu comme dans toutes les villes méditerranéennes. Je me suis vraiment sentie là-bas "dans le sud" selon le sens français...

 

Je peux donc encore une fois remercier infiniment ma chère Nadia, de m'avoir invitée dans sa famille pour découvrir cette très belle région, mes adorables Tatiana et Natacha qui ont passé tant de temps a me parler français !

 

Pour sûr, je reviendrai, mais en hiver, cette fois, pour voir à quoi ressemble la région sous la neige !!!

 

Boussolement vôtre

 

 

 

 

commentaires {1} - Ajouter un commentaire
Publié à 11:53, le 5/09/2013, Voronej
Mots clefs : sud de la russie

Commentaire sans titre

Bonjour chère Lucile!
Je te suis toujours dans ton périple russe! j'ai été en peu "en retard" avec mes lectures: les vacances, la rentrée... on est toujours en mouvement, tu sais...
Je voulais te dire encore: j'aime te lire, j'aime imaginer toutes ces situations dans lesquelles tu t'es trouvée..
Merci pour tes paroles si gentilles à propos de ma maman, ma nièce, ma ville et mes "terres du sud". Je suis très touchée et émue en te lisant.
On t'attend aussi en France! Et tu peux déjà commencé à préparer une conférence sur ton voyage: les membres de l'association ne vont pas te lâcher!!!

Nadia - 14:16 - 18/09/2013

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