Voyage de la Boussole dorée

Parcourir le monde pour voir et apprendre ce que l'homme, dans l'infinité de son imagination et de sa créativité, est capable de produire avec ses mains, son ingéniosité et les matières premières à sa disposition. Parcourir le monde pour tenter de comprendre comment s'est structurée cette humanité si diverse, si complexe et si contradictoire, à travers un moyen d'expression bien particulier : le textile. Parcourir le monde pour intégrer en moi cette diversité, cette richesse, cette complexité ; les digérer, les transmuter et inventer ma réalité textile. Voici ce qui constitue un vieux rêve que je décide aujourd'hui de réaliser : un voyage d'étude textile à travers la Russie, la Mongolie, la Chine, l'Asie centrale, l'Iran, la Turquie et les Balkans.

Ideal Women Development Center

 

 

 

 

Je vous avais raconté dans mon article précédent comment j'étais arrivée à mes fins, grâce à Rajni, pour me mettre en contact avec le refuge pour femmes victimes de violences et pour orphelins, Ideal Home (http://www.iwdcchitwan.org/).

 

 

 

(photo tirée de leur site, vous pouvez reconnaître Meena, "la chef", à son gilet rouge, ainsi que celle que je dénommerai tout au long de cette histoire "la sous-chef" mais dont je n'ai pas retenu le nom, tout au fond à droite, avec l'écharpe jaune et un grand sourire ; sur cette photo récente, je ne peux retrouver que très peu des visages des femmes que je connus en 2013, puisqu'elles ne restent pas longtemps dans le refuge, normalement, elles doivent partir au bout d'un an)

 

 

J'avais déjà commencé à vous raconter dans l'article précédent la manière un peu spéciale dont je me retrouvai en l'espace de quelques minutes proclamée professeur de tissage et designer de métier à tisser.

 

Racontons-le un peu plus en détail, cela en vaut le détour !

 

Je revins donc le lendemain de ma première visite à ideal Home, où je rencontrai Meena, "la chef", qui me mit dans les mains de celui qui serait pour la journée mon chevalier servant et s'occuperait de me trimbaler d'un bout de la ville à un autre pour trouver tout ce dont j'avais besoin.

 

A l'instar des mongols, les népalais n'ont pas vraiment de notions de l'urgence ainsi que de l'organisation : je passai la moitié de la journée à attendre (en mettant bout à bout les temps d'attente), sans trop savoir pourquoi j'attendais à chaque fois... Cette journée fut pourtant la plus sympathique que je passai au sein de Ideal Home, car ce fut celle où tout le monde était là pour me servir. Car bien que désordonnés, les népalais sont toujours d'une grande bonne volonté de vous servir !!! Ils étaient tous surexcités à l'idée de m'aider à construire ce métier à tisser, alors j'en avais à chaque fois quatre ou cinq autour de moi, un d'à peu près efficace, et les autres à regarder et faire leurs commentaires plus ou moins pertinents...

 

Nous commençâmes, mon chevalier servant à moto et moi, par aller acheter de la laine dans une boutique du marché (déjà cette histoire nous pris deux fois plus de temps car il ne la trouva pas tout de suite, la boutique...) puis il m'emmena voir un artisan à qui je montrai des photos du peigne à réaliser et des instructions précises sur les dimensions et le type de bois. Le peigne serait prêt pour le lendemain, m'affirma-t-on, et effectivement il le fut, car je revins le soir pour vérifier le produit fini et donner des précisions car cela ne correspondait pas tout à fait à ce que je voulais...

 

La troisième étape était de trouver des bambous, et mon chevalier servant à moto m'emmena dans un poste de police, où j'assistai à la médiation de Meena concernant les litiges d'un couple. Je ne compris rien puisque tout était en nepali, mais cela dura longtemps... Surtout que je ne comprenais pas pourquoi j'étais là...

 

Je saisis l'occasion pour vous expliquer un peu plus qui est Meena : la quarantaine, elle s'est consacrée très tôt dans la défense et la protection des femmes, elle est ce que nous pourrions appeler chez nous une sorte d'assistante sociale. Comme elle s'est consacrée à son activité, et qu'elle y passe ses journées sans jamais vraiment avoir de vie personnelle, elle n'est pas mariée et n'a pas d'enfant. Je vous laisse imaginer à quel point cette femme a un statut à part dans la société népalaise, car cette situation est totalement impensable pour une femme népalaise. 

Meena passe donc ces journées à sillonner sa région en scooter, pour venir en aide à des femmes battues, régler des litiges au sein d'un couple, s'occuper des orphelins, et bien d'autres choses encore.

 

Une fois la séance au poste de police terminée, je compris enfin pourquoi on m'avait amenée là, Meena ainsi qu'un des hommes qui conduisait avec elle la séance, nous guidèrent à quelques mètres de là. Nous étions au bord de la rivière Narayani où les bambous poussaient à foison.

Je n'avais pas eu l'idée qu'ils me trouveraient du bambou frais, mais c'est bien ce que j'eus, du bambou fraîchement coupé... Intérieurement, je doutai tout de suite que c'était une bonne idée, puisque les bambous utilisés par ma professeure dans les montagnes, ils étaient vieux et bien secs. Là, pour la résistance, avec la tension nécessaire pour tisser, je n'étais pas sûre qu'ils allaient tenir longtemps.

Je ne fis pas part de mes doutes, cela économisait déjà pas mal de frais pour eux, là ils ne payaient rien du tout puisque c'était dans la nature, et pis après tout, ce n'était pas mon problème de savoir comment ça se passerait dans un mois.

 

Nous repartîmes, mon chevalier servant à moto et moi, vers Ideal Home, pour installer mes bouts de bambou. Ce ne fut bien sûr pas aussi simple que je l'aurais voulu, car je n'avais pas réussi à me faire entendre jusqu'au bout. Car, voyez-vous, même si je suis la seule de l'assemblée à savoir ce qu'il faut faire et comment il faut le faire, je reste quand même une femme, alors quand ces messieurs ont décidé que cela ferait quand même l'affaire alors que je leur ai répété plusieurs fois que cela ne marcherait pas, et qu'effectivement une fois sur place cela ne marcha pas, et que mon chevalier servant eut le culot de proposer ce que je m'étais acharnée à dire avant, je m'emportai d'un accusateur "but I told you ! I told you !" (mais je te l'avais dit ! je te l'avais dit !), il me regarda sans comprendre pourquoi je m'emportais... non mais, c'est quand même étrange, une femme qui vient le houspiller aussi ouvertement...

 

Bref, il alla chercher d'autres bambous le lendemain...

 

Envers et contre tout, je parvins enfin à optimiser cette installation branlante, je dus me battre aussi avec les femmes pour qu'elles comprennent, entre mes dix mots de nepali et leurs trois mots d'anglais, qu'il fallait une ceinture digne de ce nom, pas un simple foulard, mais je n'eus pas gain de cause, le seul intermédiaire qu'elles me trouvèrent fut un long métrage de tissu assez rigide.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous finîmes par y arriver. L'étape de l'ourdissage avait été une véritable épreuve, tandis que j'essayai de leur faire comprendre que c'était extrêmement important d'avoir une tension égale lorsqu'on passait les fils autour des bambous. Deux chaînes furent ourdies, car j'avais compris que deux métiers seraient mis en service, mais finalement je compris entre les lignes que ça leur coûtait trop cher de faire fabriquer un deuxième peigne, aussi me retrouvai-je avec moins de possibilité que je ne l'avais imaginé.

Le deuxième jour, nous commençâmes en fin de journée à tisser. Plusieurs femmes tentèrent l'expérience tour à tour, dont la sous-chef elle-même. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux autres jours suivirent ainsi, sans que je parvienne vraiment à leur transmettre quoique ce soit... Le premier jour d'enseignement improvisé fut profondément désespérant pour moi. Je tentai en vain de leur faire comprendre qu'il fallait un petit peu de persévérance et de passer au moins une heure à répéter les mêmes gestes pour assimiler la technique. Mais elles ne restaient pas plus de dix minutes à essayer, ne comprenant pas comment ça marchait si je n'étais pas derrière leur dos toutes les trente secondes à leur montrer ce qu'elles devaient faire...

 

Je peux vous dire qu'à la fin du premier jour, j'étais bien au fond de mes chaussettes, contemplant avec désarroi que je n'avais pas suffisamment de pédagogie pour leur transmettre ce qu'il me semblait si naturel de comprendre... Et la sous-chef qui s'impatientait car il n'y avait pas encore de sac tissé...

 

Rajni, encore une fois, m'aida, en me permettant de prendre du recul sur mon public défavorisé pas du tout ouvert. 

Alors que je n'avais pas du tout eu affaire à ça dans mon village de montagne avec mes tisserandes (quand Shanti avait essayé en même temps que moi, elle avait aussi compris en une demi-heure le fonctionnement du métier, les gestes qu'il fallait faire ; quand j'avais montré comment tricoter mon bonnet à Gandmaya et ma professeure, je n'avais pas eu non plus de difficulté à leur faire comprendre), je me trouvai face à des femmes qui avaient toujours été soumises et à qui on n'avait jamais appris à prendre une décision pour elle-même, d'elle-même.

De plus, cet apprentissage leur était finalement plus ou moins imposé, puisque c'était la sous-chef qui avait décrété qu'il fallait apprendre ça. Mais en fait, aucune d'entre elles n'étaient vraiment intéressée. Alors, allez apprendre quelque chose à quelqu'un que ça n'intéresse pas, avec la barrière de la langue par dessus tout !

 

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

 

 

Ma meilleure élève, la plus douée, la plus courageuse (elle tissa pendant presque deux jours continus tandis que les autres n'essayèrent que dix minutes ; le dernier jour, alors que moi j'avais lâché l'affaire depuis belle lurette et que je partais retrouver Rajni en les laissant plus ou moins en plan, elle continua même un peu après mon départ), la plus "fûtée" et la plus patiente.

 

Je passai du temps avec elle, à lui remontrer les gestes, à l'aider à bien se positionner, à bien tendre...

Elle fut mon seul beaume au coeur car elle comprit quand même le fonctionnement du tissage au bout de ces deux jours et put tisser un tout petit peu TOUTE SEULE en autonomie !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

Cette expérience fut assez dure pour moi, chers amis lecteurs, et acheva de me donner mes dernières claques quant à mes dernières illusions.

Déjà dans mes chouettes expériences avec des mongoles, j'avais compris que ce n'était pas si facile que ça d'apprendre une technique de broderie aussi basique que la broderie au point de Bayeux, mais là ce fut une grande sensation d'échec.

Certes, j'étais au courant que je n'étais pas forcément la meilleure des pédagogues, puisque j'exige naturellement de la personne à qui je transmets qu'elle soit aussi rigoureuse, attentive, observatrice que je ne le suis. Sauf que tout le monde n'est pas comme ça, et c'est sûr que c'est parce que je n'arrive pas à concevoir que tout le monde n'est pas comme moi quand il s'agit d'apprendre une technique que je ne suis pas la meilleure des pédagogues...

 

Par contre, passer trois jours à essayer de transmettre à une dizaine de femmes une technique qui nécessite quand même quelques aptitudes mentales (en dépit de ce que l'on imagine), leur donner de mon énergie et de mon temps et qu'au bout du compte, cela n'aura vraiment servi qu'à une seule personne... J'appelle ça un échec cuisant...

 

 

Quelques jours plus tard, de retour à Katmandou, je pus évoquer cette aventure à d'autres voyageurs qui avaient connu des situations similaires.

L'un d'entre eux, un américain, me parla d'un ami à lui qui avait passé du temps dans une école pour apprendre aux enfants un peu d'anglais. Il avait eu la même réussite que moi...

Un polonais qui avait vécu en France par le passé me renvoya tout sec que je manquais d'ouverture d'esprit et que je n'avais pas le droit de juger, que ces népalaises n'avaient pas réagi différemment que des banlieusardes de Paris ne l'auraient fait...

J'appris plus tard par une connaissance commune qu'en réalité, il séjournait régulièrement en Inde dans une école où il donnait des cours artisiques aux enfants... Donc il savait très certainement de quoi il parlait !!!!

 

Bref, chers amis lecteurs, je n'aurai jamais le fin mot de cette histoire, si vraiment mes qualités pédagogiques sont si pourries et mon ouverture d'esprit si étroite, mais je peux parler en dernier de ce qui m'a profondément choquée dans cette expérience, au-delà de mon échec cuisant de pédagogie.

 

Ce qui m'a le plus choquée, c'est la manière dont j'ai fini par me sentir un peu utilisée et emprisonnée dans cet endroit un peu sinistre qu'est Ideal Home.

Certes, Meena fait un travail formidable et si charitable. Je ne pourrais certainement pas retirer l'admiration que j'ai pour son sacrifice d'elle-même. Certes, là où il y a la misère, nous devons tout faire, nous, riches riches occidentaux bouffis d'argent et de matérialisme, pour la minimiser et donner sans compter notre aide physique, matérielle et intellectuelle.

 

Par contre, lorsque Meena la chef se permet d'appeler mes amies (Rajni et Pragya qui avaient laissé leur numéro lors de la première visite) pour savoir où j'étais et ce que je faisais parce que j'étais sortie à 17h de Ideal Home avec elles et qu'au Népal, une femme ne sort pas après 17h parce que c'est trop dangereux, et que le lendemain j'eus les instructions de ne pas sortir d'Ideal Home après 17h, la voyageuse au long cours que je suis commence à gratter du sabot le sol caillouteux.

Autant je peux bénéficier des conseils de femmes avisées autant je ne suis pas du genre à me soumettre comme toutes ces femmes battues (et qui sont elles-mêmes violentes avec leurs enfants) qui ne bougent pas d'un doigt de pied de cet endroit sinitre, entouré de clotûres et dont la grille est toujours fermée de l'intérieur.

Offrir un asile et protéger le plus faible n'a jamais été pour moi synonyme de les enfermer dans une prison et de leur ôter encore plus de liberté qu'ils n'en avaient auparavant. La logique, pour moi, serait de leur donner la possibilité d'apprendre à être autonome, petit à petit, en commençant par des choses simples.

 

Mais s'il ne s'agissait que de ça. Clairement, vu que je suis une superwoman, vu que je suis une occidentale, et vu que forcément je suis là juste pour eux, juste pour les sauver de leur misère, parce que c'est le rôle de l'occidental, non, de sauver la planète entière ? Alors c'est quand même bien évident que oui, c'est tout à fait possible d'apprendre en trois jours à tisser à des femmes qui n'ont même pas touché à une aiguille de leur vie, qui ne choississent pas de recevoir cet enseignement et qui n'ont pas les aptitudes mentales pour, et qu'en plus il n'y a pas le matériel adéquat ! Et c'est encore tellement plus normal de réussir à produire des sacs finis dans ce même laps de temps ! 

Les seuls fois où la chef et la sous-chef me posaient des questions, c'était pour savoir s'il y aurait au moins un sac de fini avant que je parte. A chaque fois j'éludai la question car je me rendais compte qu'elles n'avaient aucune conscience de ce que c'était de tisser, et que la seule chose qui les intéressait c'était que je leur ponde quelque chose de lucratif à produire.

 

 

Chers amis lecteurs, cela fait maintenant treize ans que je suis tombée dans le chaudron du textile. J'ai commencé par apprendre à coudre, puis à broder, puis à tisser, puis encore plein d'autres choses que je n'énumérerai pas pour ne pas trop me la péter. A chaque nouvelle technique, les qualités et aptitudes développées précedemment s'ajoutaient les unes aux autres.

Dotée d'autant plus d'un fort esprit d'analyse ET de synthèse, j'ai toujours eu la capacité de recouper très vite les informations, les gestes, les structures de telle ou telle technique avec telle ou telle technique. C'est pourquoi je pus me permettre d'apprendre à tisser à la ceinture et de produire mon sac en l'espace de trois jours. Parce que depuis le temps que je suis là-dedans, c'est un peu normal que je sois rapide.

 

J'ai préparé ce voyage avec de grands idéaux dans la tête basés sur l'échange et le partage de savoir-faire.

Mon rêve le plus profond est de me trouver face à un artisan(e)/artiste qui partage cette passion magique qu'est le textile, et qu'ensemble, d'égal à égal, nous réalisions une oeuvre à deux, en mettant en commun nos savoirs et nos univers intérieurs. Je ne désespère pas, je sais que cela se produira un jour.

 

Alors cet épisode-là me fit tomber bien bas dans le désenchantement. Aux yeux de Meena la chef et sa sous-chef, je n'étais qu'une ahurie parmi tant d'autres venue s'apitoyer sur le sort des pauvres népalais, et comme je suis TELLEMENT humaine, que j'ai des compétences et que je suis forcément là pour être à leur service et qu'en plus j'ai une baguette magique, c'est quand même juste normal que je fasse des miracles, non ?

 

 

Vous souvenez-vous ce que j'écrivis sur mon départ de Shalija, comment mes tisserandes m'honorèrent de leur collier de fleurs et comment j'en eus les larmes aux yeux de les quitter ? Mon départ de Ideal Home fut bien différent.

 

Déjà que j'étais restée deux jours de plus sur ce que j'avais prévu puisque je ne m'attendais pas à la base à être quelque part "prise en otage", la chef et la sous-chef, n'avaient pas voulu enregistrer que je partais le midi, elles pensaient certainement que, comme je n'avais pas d'obligation de quelconque sorte, cela n'avait pas d'importance que je reste encore un peu.

Vraiment très mal et écoeurée de cette prison qu'était Ideal Home, je n'aspirais bien évidemment qu'à une seule chose : me barrer le plus vite possible, prendre mon sac et sauter dans le bus pour Katmandou !

Donc je partis comme prévu à midi, alors qu'aucune d'entre elles n'avaient compris que je m'en allais vraiment. Quand elles me virent avec mon sac m'approcher de la grille fermée, la sous-chef déboula en panique car une des filles venait de la prévenir. 

Alors toutes les femmes furent appelées à se rassembler pour me dire aurevoir, j'eus le droit au "namaste, sister" de rigueur, et je me dépêchai de passer la grille, très mal à l'aise. 

 

Je marchai jusqu'au centre pour retrouver Rajni et Pragya une dernière fois avant de partir pour Katmandou, alors heureusement, je pus partir de Bharatpur avec un bon dernier souvenir : celui de mes amies me saluant et me bombardant de conseils de prudence en voyageant toute seule.

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

En conclusion, chers amis lecteurs, Ideal Women Development Center (le centre de développement de femmes idéales) n'a aucune des qualités contenues dans son titre. Cela fait partie des expériences que j'ai eues avec les Ong qui me permettent d'avoir encore une fois un regard très critique et très acide (je sais que je devrais être plus douce et condescendante, mais je n'ai pas encore réussi à me greffer au cerveau cette vertu). Je parlerai dans un article ultérieur de ma synthèse sur les Ong, comme j'aurai d'autres éléments en Inde.

Je vous développerai à ce moment-là ma réflexion sur ce que l'on peut donner de soi dans ces organisations à caractère humanitaire.

 

 

Boussolement vôtre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


commentaires {0} - Ajouter un commentaire
Publié à 19:51, le 9/05/2015, Bharatpur
Mots clefs :

Rajni et Pragya : la plus belle rencontre de tout mon périple

 

 

 

 

 

 

 

Voici un grand moment pour moi : celui de vous narrer ma plus belle histoire d'amour (encore plus beau que de l'amitié, mais avec deux jeunes femmes !) de tout ce long parcours à travers la Russie jusqu'en Inde.

J'ai nommé Pragya et Rajni (21 et 24 ans) :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais en fait, avant d'arriver jusque là, il faut que je vous remette dans le contexte.

 

Je suis donc descendue de ma montagne et revenue à Pokhara, en passant par Kushma (le retour en jeep se fit avec le même chauffeur mais avec beaucoup moins de monde et beaucoup plus normalement), où je retrouvai Jasmaya et sa fille, qui étaient tout juste en train de se faire interviewer par une télé nationale népalaise ! Et j'offris même le grand honneur au journaliste d'accepter sa demande de m'interviewer !!! Et oui, je vous l'avais déjà dit dans mon article sur DIna la brodeuse russe (http://lucioledesplaines.uniterre.com/266428/Dina+la+brodeuse+d%26%23039%3BOstrogojsk+et+comment+je+suis+devenue+une+star+internationale+en+Russie.html) que j'allais devenir une star internationale, et bien c'est fait !

Mais je vous raconterai cet épisode fameux un peu plus tard, puisqu'il mérite à lui tout seul un article...

 

Revenue donc, à Pokhara pour quelques jours pour me remettre de mes émotions intenses de Shalija, je me décidai à partir pour Bharatpur, dans le Chitwan, dans la partie sud du Népal, le 25 Janvier 2014.

Pourquoi, vous posez-vous sûrement la question, irais-je dans une ville inintéressante où pas un seul touriste ne s'arrête puisqu'ils vont tous dans le parc naturel du Chitwan pour aller faire des ballades à dos d'éléphant et des safaris ?

Et bien, chers amis lecteurs, figurez-vous que dans l'avion qui m'emmena de Séoul à Katmandou (ma correspondance en venant de Mongolie), ma voisine était une jeune brittanique photographe qui avait pour passion le Népal et qu'elle me donna le nom de l'Ong avec laquelle elle avait travaillé dans le passé, quand je lui appris la nature de mon voyage et mes projets de rencontres et d'échanges.

Elle était restée quelques temps dans cette Ong et elle les avait vu faire un peu de couture, alors elle me conseillait d'essayer ça.

Or, dès mon arrivée au mois de Novembre, j'avais envoyé un mail à cette Ong (http://www.iwdcchitwan.org/) pour savoir quand est-ce que je pouvais venir. je n'avais jamais eu de réponse, on m'avait bien prévenue que les népalais ne répondaient pas aux mails, mais contacter par téléphone sans comprendre un anglais parfois un peu approximatif, n'était pas de mon envie d'essayer...

Donc j'avais tout simplement décider de débarquer sans crier gare à Bharatpur pis on verrait bien ce que ça donnerait...

 

Je partis donc de Pokhara en bus touriste, pour me remettre de mes émotions en bus local de mes derniers trajets. Et là, je dois encore prendre le temps de vous raconter ce trajet épique (et oui, au Népal, il y en a beaucoup, des trajets épiques...) parce qu'il sera fondamental dans la suite des évènements.

Je pars, donc. Le gars qui place les gens et contrôle les tickets m'avait déjà bien mise en forme : il m'avait mise à une place qui ne me plaisait pas. Car, ce qu'il vous faut comprendre, chers amis lecteurs, c'est que le népalais, il ne vous place pas en fonction du billet que vous avez réservé, qui comporte un numéro de siège. Non, il suit une logique qui lui est propre, et cette logique varie en plus d'un népalais à un autre, donc on ne sait même pas à quoi s'attendre quand on va monter dans un bus...

Bref, le gars me place là où je n'ai pas envie d'être assise, et vu que ça commence à faire quelques trajets que c'est le même cinéma, j'en ai un peu marre, et je me rebiffe. Le pauvre homme me regarde sans comprendre qu'est-ce qu'elle peut bien avoir celle-là à s'exciter contre lui et tente en vain de me convaincre d'aller m'asseoir à la place qu'il me désigne, mais m'en fous, je ne lâcherai pas cette fois, je veux décider de ma place !

Ensuite, je redemande si le bus va bien à Bharatpur, car le terminus est un peu vague, puisqu'en fait le bus est destiné à emmener tous les touristes au grand parking à l'entrée du parc de Chitwan. Le contrôleur me répond oui avec fermeté tandis que son regard reste toujours bien approximatif quant à cette touriste qui pose une question étrange.

Bref, nous partons, et le trajet est plutôt tranquille, les paysages grandioses et magnifiques, à suivre la route qui sillonne une grande rivière dont on ne voit à l'époque que le lit puisque les moussons ne seront que dans quelques mois.

 

Nous passons deux trois "villes". Comme pour moi c'est acquis que le gars a bien compris que je descendais à Bharatpur, je ne me tracasse pas outre mesure, ils sont quand même réglo pour ça, les népalais.

Sauf qu'on arrive au terminus sur le parking à l'entrée du parc Chitwan, le bus aussitôt assailli par les taxis, les pourvoyeurs de guest house ou les agences de safari, et que je commence à comprendre que je suis allée trop loin, qu'on a passé Bharatpur il y a quelques vingt ou trente kilomètres...

Sans vouloir céder à la panique, je me jette sur le contrôleur et dis "Bharatpur" avec un soupçon d'inquiétude. Et là, il commence enfin à comprendre que j'étais sérieuse quand je parlais de Bharatpur au tout début, et que c'était bien là que je devais m'arrêter...

"Why you don't ask ?" me demande-t-il stupidement et désespérement

Je reste d'abord sans voix, puis comme je me sens aussi stupide de ne pas avoir plus insisté, je ne peux que répondre "I don't know..."

 

Heureusement, ce contrôleur avait quand même plutôt une conscience, il prit la situation en main, me dit de remonter dans le bus avec mon sac. J'attendis quelques minutes, puis le bus repartit, embarquant deux ou trois jeunes femmes qui, j'observai, ne payèrent pas de ticket. Je ne savais pas jusqu'où il me ramènerait, en tout cas, je ne payai pas non plus.

Le bus me déposa au croisement de la grande route la plus proche qui s'en allait directement vers Bharatpur, le chauffeur m'indique le bus local à prendre pour arriver à bon port, parle au conducteur pour lui expliquer ma situation et me voici embarquée dans un bus local, cahin-cahan, compressée contre d'autres népalaises et mon sac, la musique népali en plein les oreilles, heureuse...

 

C'est à ce moment-là que je me suis dit que je préfèrais quand même les bus locaux, même si c'est bien plus inconfortable...

 

Et je débarquai à Bharatpur, sans savoir où j'étais, sans savoir où aller pour trouver un toit pour le soir...

J'eus deux grands moments de liberté absolue durant mon voyage, mon arrivée à Arkhangelsk (voir  http://lucioledesplaines.uniterre.com/264572/Arkhangelsk+%3A+la+ville+oubliée+de+la+Mer+blanche.html) et mon arrivée à Bharatpur...

 

Je marchai donc un bon moment, mon sac sur le dos, plus ou moins à la recherche d'une pancarte de guest house, mais le souci, c'est que dans une ville pas touristique, et bien il n'y a pas vraiment de guest house, et ce qu'il existe comme lieu d'hébergement est plutôt bien caché...

Alors mes pas m'amenèrent enfin le long de la superbe rivière Narayani, et là j'en fus tellement éblouie que je m'en assis sur la plage de sable fin, larguant sac et chaussures par terre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il faut comprendre dans quel état d'esprit je suis : je retrouve un horizon plat, une rivière d'un bleu tendre et vert, des jeunes gens et surtout, que des népalais. Alors je savoure l'instant présent...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et c'est ainsi que, perdue dans mes pensées, trois jeunes gens se présentent très rapidement à moi : Pragya, Rajni et le petit ami de cette dernière dont je tairai le nom pour une raison dont je vous parlerai plus loin.

Ils me parlent en anglais, et plutôt dans un bon anglais, alors je les regarde d'abord avec des yeux ronds, puisque je ne suis pas dans un endroit touristique, alors normalement ils ne devraient pas parler aussi bien !!!

 

C'est Rajni qui m'a aperçue la première et qui s'est inquiétée de me voir toute seule, comme ça, abandonnée à ma rêverie, mon sac traînant nonchalemment près de moi...

 

Alors nous commençons à parler, je me fais assaillir de questions par ces trois curieux, je peine d'ailleurs à y répondre toutes car je n'ai même pas le temps d'enchaîner...

 

Comme "l'horreur" se confirme, que je suis bien toute seule livrée à moi-même et sans même savoir où je vais dormir, ils me prennent sous leurs ailes, me donne à manger, et après avoir bien échangé, décident de me trouver un endroit pour passer la nuit. Le petit ami de Rajni connaît une guest house pas trop chère, je les suis donc sans sourciller, bien heureuse de m'en remettre à mes guides.

 

Ils m'emmènent donc à quelques pas de la rivière, dans le plein centre bouillonnant de Bharatpur, et essaient de négocier les prix de la guest house, qui est finalement assez chère pour mon budget, mais je n'ai pas le courage de faire la difficile, nous montons tous ensemble dans ma chambre, tandis que je me rends compte que mes trois nouveaux compagnons se comportent de manière bien étrange vis-à-vis du petit réceptionniste. 

Je réalise assez rapidement que je suis en présence de "hautes castes" et je découvre vraiment cette fois comment la différence entre les castes se manifeste. Mais heureusement pour moi (alors que dans les récits d'Alexandra David-Néel et d'Ella Maillart, j'avais lu qu'en Inde, les occidentaux étaient considérés comme des hors-castes, donc totalement impurs à la fréquentation des hautes castes), ici au Népal, cela semble beaucoup plus prestigieux pour les hautes castes de se mélanger à une occidentale, en tout cas.

 

Après s'être assurés que j'étais bien installée, que j'avais tout ce dont j'avais besoin (y compris le paquet de cigarettes qu'ils exigèrent du réceptionniste qu'il m'en ramène un pour que je n'aie pas à me déplacer...), nous échangeâmes nos numéros et mes nouveaux amis me laissèrent me reposer tranquillement tandis que nous nous donnions rendez-vous le lendemain matin pour une ballade.

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

 

Le lendemain matin, je retrouvai d'abord Pragya, qui me présenta son mari, un jeune et beau garçon de caste mogol (qu'elle venait tout juste d'épouser sans l'accord de ses parents parce qu'il n'était pas d'une caste suffisamment élevée pour la sienne, la plus haute de toutes, celle des brahmin) que je saluai très rapidement, tandis que nous retrouvâmes un peu plus loin dans le marché Rajni, qui oh surprise, se planta devant moi avec son mari elle aussi, sauf que le mari, ce n'était pas le même jeune homme que j'avais croisé le jour passé !

Je fis de mon mieux pour que ma surprise ne se remarquât pas, mordis ma langue et la ravalais sept fois pour ne pas balancer une connerie qui aurait discrédité ma nouvelle amie qui semblait me lancer des regards codés...

 

Bref, Rajni avait décidé de m'amener visiter l'orphelinat local, étant elle-même orpheline de mère à l'âge de six ans, donc nous allâmes toutes les trois, chapeautées par son mari qui me semblait beaucoup moins avenant que le petit ami...

 

Et là encore, surprise, l'endroit où m'emmena Rajni était juste l'endroit où je voulais me rendre, Ideal Women Home ! Je m'en rendis compte assez rapidement, d'autant plus que la femme qui nous reçut, la "sous-chef" comme je la dénommerai par la suite, flasha immédiatement sur mon beau sac népalais. A peine eus-je dit que j'étais venue sur Bharatpur pour rencontrer les femmes du refuge pour développer un échange de savoir-faire, elle décréta aussitôt qu'elle voulait apprendre à faire un sac comme celui que j'avais fait !

Je vous jure, le comble, je ne réfléchis pas trop à cet instant, ni une ni deux, je me lançai dans l'étrange aventure d'apprendre à des népalaises de la ville ce que d'autres népalaises de la montagne m'avaient appris...

 

Il fut convenu que je reviendrai le lendemain pour préparer ce qu'il fallait, oui, parce qu'en plus, si vous voulez, c'est qu'elles n'avaient aucun matériel !!! Et elles comptaient sur moi pour m'improviser fabriquante de métiers à tisser, aussi basique fût-il !!!

 

Bref, nous repartîmes de Ideal Women Home toutes avec une impression un peu étrange ; Rajni m'avouerait par la suite qu'elle n'avait pas du tout apprécié la manière dont cette femme s'était adressée à moi, dont elle avait éxigé que je réalise quelque chose sur le champ qui nécessitait plus qu'une simple "envie de pisser" (là c'est moi qui en rajoute)...

 

Nous revînmes au marché, où le mari de Rajni se décida à nous lâcher la grappe. Mes deux compagnes m'embarquèrent alors dans un boui-boui à la népalaise, où nous retrouvâmes le petit ami, cette fois, pour manger de délicieuses spécialités de la région, qui me désagrégèrent l'oesophage de piment vert encore une fois, mais qui tout du moins avaient le mérite d'être inédites...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rajni put enfin m'expliquer en détail l'histoire du mari et du petit ami : Rajni avait cédé à la pression de sa famille à l'âge de 20 ans, pour qu'elle se marie. Elle s'était donc mariée, à un jeune homme digne de sa caste et apte à assumer ses obligations de chef de famille, puisqu'il travaillait depuis plusieurs années. Sauf que bien sûr, il n'y avait absolument pas de sentiments entre eux, que Rajni, malgré le fait qu'elle ait cédé à la pression familiale, est quand même une femme qui a des aspirations pour sa vie propre, et qu'elle tente d'exister pour elle-même et de quémander un peu d'indépendance.

 

Choses que son mari ne semble pouvoir tolérer, puisqu'il la harcèle quotidiennement dès qu'elle n'est plus dans son champ de vision... 

Mais ça ne l'empêcha pas de rencontrer son petit ami !!! J'avoue que je ne compris pas bien en quoi consistait leur relation, puisqu'en gros, cela reste quand même une vraie relation platonique. C'est juste que Rajni trouva plus de réconfort et d'ouverture à ses aspirations de "femme libre" dans les bras (platoniques) de son petit ami que dans ceux de son mari.

 

Des hommes qui sont capables de garder dans leurs bras une femme désirée sans jamais passer "à l'acte" sur une si longue durée, je n'en ai jamais rencontré d'autres, sans doute faut-il être dans une contrée où la morale des moeurs est bien plus rigide qu' en France, en tout cas !!!

 

Bref, mes trois compagnons de nouveau réunis pour un trio d'enfer, ils m'offrirent alors le plus beau cadeau de tout absolument tout mon voyage : une ballade en moto le long de la rivière Narayani !

Mais attention, hein, pas n'importe quelle ballade à moto ! Une ballade à moto à quatre sur la moto !!!!!!!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rahhh... Je sais que y aura tous les détracteurs hyper sécuritaires et moralisateurs qui vont hurler... M'en fous... Ce fut le plus beau moment de mon voyage, et je crois peut-être même un des plus beaux moments de ma vie !

 

La liberté de faire n'importe quoi, sans se dire "attention ! c'est dangereux ! attention ! on peut avoir un accident ! attention ! c'est pô bien..."

La liberté d'être serrée entre deux inconnues d'hier, livrée en totale confiance à un jeune conducteur, qui de toute façon, ne roulait pas à plus de trente...

N'empêche, on avait quand même les cheveux dans le vent, et si Dieu, ou Shiva, ou Mahommet, ou qui sais-je encore, me permettait de revivre ce moment, je signerais le contrat pour l'éternité !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C'est ainsi que nous arrivâmes dans un village tharu (ethnie du Teraï), où tous les habitants me scrutèrent avec perplexité être accompagnée de trois népalais. Un gamin demanda même à Rajni s'ils me faisaient payer pour la visite, elle lui répondit que non, qu'ils m'emmenaient ici car nous étions amis, qu'ils n'avaient donc pas besoin d'argent...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

https://www.youtube.com/watch?v=h-Dy_Ofp1Pg

 

J'ai même réussi à faire une vidéo de notre retour ! Très long et sans prétention cinématographique aucune, néanmoins si vous voulez avoir un aperçu de cet endroit du Népal en "temps réel", cette vidéo est parfaite !

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

Nous rentrâmes un peu moins euphoriques car le mari de Rajni l'avait appelée à la fin de notre récréation sur le bord de la rivière, et cela avait plombé l'ambiance.

Nous rentrâmes donc en tentant de montrer notre joie de vivre comme nous nous l'étions permis pendant tout ce fabuleux après-midi, mais la récréation était tout de même bien finie...

 

Avec le recul, je pense que cette merveilleuse rencontre était attendue par chacun d'entre nous.

Moi, car je désespérais d'avoir un peu d'affection gratuite, d'attentions prononcées également gratuites, de vrais rapports d'humain à humain, et surtout, qu'on s'occupe un peu de moi, avec bienveillance et chaleur, que je me décharge momentanément des responsabilités qu'on assume quotidiennement et sans répit, envers soi-même, lorsqu'on voyage seule.

Pour Pragya, Rajni et son petit ami, je leur ai apporté un vrai ouragan de liberté, enfermés qu'ils sont dans cette société népalaise finissante qui ne veut pas laisser la place aux jeunes et à l'ouverture à quelque chose de nouveau, tandis qu'ils ne se rendent même pas compte (les gouvernants) qu'ils ont en train de laisser s'échapper toute leur jeunesse à l'étranger, parce que ce à quoi ils aspirent, c'est autre chose que le vieux schéma des ancêtres.

 

Mariages forcés, drames liés au système de caste, non liberté de la femme, chasse aux sorcières et pratiques d'un autre âge, corruption du gouvernement qui paralyse tout le pays, tout ce qui pourrait être entrepris pour sortir le Népal de son sous-développement par le peuple (c'est-à-dire que cela n'arrangerait pas les nantis) et leur permettre de cesser enfin la dépendance énergétique à l'Inde ou à la Chine : c'est tout de même la réalité du Népal, qu'on passe par les grands circuits du trekking ou pas, on y est quand même bien confrontés tous à un moment donné.

 

Ma courageuse Rajni essaie depuis un an de partir elle aussi, malgré son mariage, pour pouvoir réaliser son rêve, faire des études à l'étranger pour être fashion designer. Bien que d'une famille riche, elle n'a aucun soutien moral et encore moins financier pour réaliser ses projets.

Cette année, elle a eu le courage de repartir travailler quelques mois en Inde pour essayer de se faire un petit pécule mais bien évidemment, si elle peut partir dans un pays comme l'Australie ou les Etats-Unis, où elle aurait de la famille qui pourrait l'accueillir, ce n'est tout de même pas encore suffisant pour qu'elle puisse prendre complètement son indépendance.

 

Elle a sollicité mon aide bien des fois, mais je n'ai jamais pu faire autre chose que lui apporter mon soutien moral... La réassurance de persévérer, de continuer coûte que coûte vers ses aspirations, car, si je n'ai pas toujours eu des personnes comme moi pour me booster continuellement sur mon chemin, il y en eut tout de même plein sur mon chemin de manière ponctuelle, et c'est ça qui vous fait tenir en "droite ligne" avec ce que vous êtes.

 

Mais j'espère vraiment profondément que Rajni va enfin réussir à prendre son envol ! Chers amis lecteurs, envoyez-lui tous une petite prière, que votre chaleur sincère l'accompagne sur son chemin d'indépendance !

Car, dites-vous bien une chose, je n'étais certes pas en danger de mort, mais je considère que Rajni, par sa douceur et sa gentillesse et son courage, et bien qu'elle m'a quelque peu sauvé la vie ce jour-là, où elle m'a vue seule et qu'elle a dit à ses amis qu'il fallait venir s'occuper de moi.

Ces gens-là sont tellement précieux, lorsque vous voyagez, alors il faut en prendre soin quand vous avez la chance d'en rencontrer !

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore quelques images de ce bonheur que nous partageâmes d'être ensemble, avec Pragya, le lendemain, tandis que Rajni n'avait pas l'autorisation de venir nous retrouver...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Simple, facile et naturel, cela paraît étrange dans une société comme la nôtre, mais en tout cas c'est ce que j'ai pu vivre là-bas, au Népal, avec parcimonie, mais avec authenticité : l'affection, la chaleur, sans tabou, avec de royales inconnues !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur ce, je vous quitte, chers amis lecteurs, en attendant de vous raconter mon séjour avec les femmes de Ideal Women Development Center !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et pis surtout, n'oubliez pas des fois de laisser vos pas vous guider vers l'inconnu, des fois, c'est plutôt fructueux, en fait...

 

 

Boussolement vôtre

 

 

 

 


commentaires {0} - Ajouter un commentaire
Publié à 22:22, le 7/05/2015, Bharatpur
Mots clefs : narayanibharatpur

Vivre à la népalaise et apprendre le tissage comme à ses origines (partie II)

 

 

 

Je vous ai donc laissé en plan exactement un an, mes chers amis lecteurs, avec pourtant cette formidable histoire que j'ai vécue perdue dans mes montagnes népalaises, dans le village de Shalija, en Janvier 2014.

 

Pour vous remettre l'eau à la bouche, il est plutôt utile voir complètement nécessaire de revenir à cet ancien article http://lucioledesplaines.uniterre.com/275670/Vivre+à+la+népalaise+et+apprendre+le+tissage+comme+à+son+origine+%28partie+I%29.html avant de lire ce qui va suivre !

 

Pour ceux qui suivent l'actualité, vous noterez également que je reprends ce récit peu après le terrible tremblement de terre qui se produisit à quelques dizaines de kilomètres de Katmandou, le 25 Avril dernier. Comme je n'ai toujours pas eu de nouvelles de Shanti et sa famille sur Facebook (qui peut avoir quand même une certaine utilité dans ce genre d'occasion), cet article leur sera profondément dédié, en espérant très sincèrement qu'ils sont tous hors de danger.

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je reprends donc exactement là où je m'étais arrêtée : ma promenade à l'aube guidée par ma nouvelle amie Shanti, la belle-fille de Gandmaya (je ne suis même pas sûre de l'orthographe de son nom, avec grande honte... mais ce sera comme ça avec toutes les personnes que j'ai rencontré là-bas, malheureusement...)

Gandmaya est la "chef" des tisserandes, celle qui est la plus douée et qui maîtrise le mieux la technique, et celle aussi qui apprend aux plus jeunes, la voici :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le premier jour où j'allai à l'atelier des tisserandes, Gandmaya n'était pas là, aussi j'avais commencé à tisser sur un métier avec l'aide d'une autre tisserande, qui n'était pas aussi expérimentée, et qui ne trouvait pas la solution pour régler les problèmes de tensions différentes de mon tissage. Le lendemain, Gandmaya arriva, et au bout de quelques minutes, juste en observant ma manière de tisser, comprit où résidait le problème. Elle se mit à ma place, essaya comme moi j'avais l'habitude de tisser, tandis que moi je m'étais efforcée de tisser de la manière dont l'autre tisserande m'expliquait (et c'est là où je réalisais de manière flagrante à quel point la technique et la manière dont les gestes sont propres à chaque personne sont très importantes à prendre en compte d'une personne à une autre : depuis toujours, dans n'importe quelle technique que j'ai apprise, naturellement j'ai une véritable "tension de brute" !  donc il faut toujours ajuster les gestes et le processus à chaque personne...).

Et en quelques minutes le problème était résolu... Elle me regarda en me faisant signe de tête si j'avais compris et de m'y remettre, je m'exécutai et repris mon tissage beaucoup plus facilement !

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

Mais revenons à nos moutons : "Himal", comme disait Shanti ( c'est ainsi qu'elle dénommait les Himalayas, je ne sais pas du coup si c'était un raccourci ou bien si c'est réellement ainsi que les népalais nomment les Himalayas, et que nous sommes venus ensuite rajouter des syllabes), que j'eus la chance de découvrir à cette aube crépusculaire, comme récompense après la bonne heure et demi de marche.

Comme je ne peux résister à vous remettre quelques photos, désolée pour celles qui seront peut-être en double de l'article précédent !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sans oublier ceux qui me poursuivent et que je poursuis également de mes assiduités depuis la Russie : les aigles ! Celui-là se laissa "capturer" de très loin, encore une fois, perché sur son énorme rocher ! Je ne l'aurais pas vu si Shanti ne me l'avait pas montré, mais il semblait nous guetter, immobile au sommet pendant une bonne dizaine de minutes. Je fis de mon mieux pour l'avoir, mais bien évidemment, dès que nous fûmes trop rapprochées, il s'envola !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

Notre petite ballade nous prit une demi-journée, et c'est au cours de cette ballade que je tombai amoureuse des petits sacs traditionnels des montagnes, en voyant Gandmaya et d'autres femmes croisées sur la route en porter. Un peu trop déçue par le tissage avec l'ortie, je réussis à faire comprendre à Gandmaya, avec l'aide de Shanti qui parlait un peu plus de mots anglais, que c'était plutôt ça que je voulais apprendre.

D'abord dubitative et perplexe, puisqu'aux yeux des népalais, généralement, ce qui leur est propre et traditionnel n'intéresse pas grand monde, elle semblait estimer que le tissage avec l'ortie était plus intéressant pour moi. 

Comment expliquer plus avant ? Je vous ai déjà transmis plus ou moins sobrement dans l'article précédent ce que je pensais du tissage de l'ortie, je n'en rajouterai pas inutilement... Ce qu'elles fabriquaient pour répondre à des attentes d'occidentaux, je n'en avais vraiment rien à faire, d'autant plus que cela utilisait des techniques que je connaissais déjà et plutôt basiques. Bref, je n'avais rien à en retirer de fondamental.

Tandis que de tisser ces petits sacs multicolores, certes de facture assez basique également, mais néanmoins tellement plus personnels et propres aux népalais des montagnes !

 

Aussi finis-je par la convaincre, malgré toutes ses réticences (il fallait compter le reste de mon séjour pour que je puisse apprendre, donc je ne verrais rien d'autre) et le lendemain, je pus commencer mon apprentissage !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma professeure : comme je ne crois même pas avoir entendu son nom au cours de nos échanges, je ne pourrai même pas essayer de m'en souvenir... Vous vous contenterez de son titre !

 

Ma professeure, donc, m'attendait pile à l'heure de notre rendez-vous le lendemain matin, devant la maison qui leur sert d'atelier, avec son matériel de "tissage comme aux origines". Je la vis commencer par s'affairer à tailler des morceaux de bambous, je l'observai sans comprendre jusqu'à ce qu'elle commence à ourdir, les bouts de bambou plantés sommairement dans la terre...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Puis c'est moi qui m'y collait, après qu'elle m'eut expliqué avec les gestes et deux mots d'anglais les rythmes à faire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ensuite, ma professeure installa très astucieusement le métier à ceinture sans défaire l'ourdissage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une fois cette manoeuvre réussie, encore fallait-il "construire l'assise" du métier à ceinture ! Et là, déjà que tous les curieux du village étaient venus observer ce que pouvait bien fabriquer cette ahurie d'étrangère, une "voisine" s'incrusta une bonne demi-heure pour participer à la manoeuvre !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et nous voilà fin prêtes pour commencer l'apprentissage du tissage "comme aux origines" !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On peut croire que c'est simple, comme ça, mais pas du tout !!! Car le tissage avec un métier à ceinture comme aux origines, c'est vachement physique !!! Parce que sur un métier à tisser dit "à bras", c'est quand même la machine qui fait en partie le boulot, même si vous l'actionnez ; là, c'est vous, la machine ! C'est vous qui portez tout votre poids en courbant l'échine pour faire la foule, puis basculez en arrière de tout votre poids pour faire une nouvelle foule ! Et pour comprendre ces gestes si simples, il faut quand même une bonne heure pour saisir la subtilité !!! Sans oublier que, qu'est-ce que ça peut développer les abdos !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En fait, c'était tellement agréable à faire que Shanti voulut apprendre aussi !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

Je passai donc trois jours à tisser à la ceinture pour produire mon beau petit sac !

Malheureusement, je ne le pris pas en photo sur le vif, et encore plus malheureusement, je l'ai perdu, malgré mes efforts pour le retrouver ces jours-ci, ce fut mission impossible...

 

Alors, chers amis lecteurs, guettez les photos des articles qui vont suivre où vous pourrez me voir, car sur plus d'une, je ne quitte pas mon sac d'une semelle, tellement j'en étais fière !

 

Le dernier jour, nous avions convenu qu'il serait dédié à mon "tour d'échange". Comme j'avais dit dès le départ, que ma démarche était d'apprendre quelque chose avec elle et ensuite de leur apprendre quelque chose, ceci ne tomba pas dans l'oreille de sourdes ! Et ce fut bien la seule fois où il y eut vraiment réciprocité de transmission, même si ce fut pas un énorme échange de ma part.

 

Comme en Mongolie où je m'étais retrouvée finalement à faire des yourtes de Noël en crochet, dans mes montagnes népalaises également ce fut la laine et le tricot qui retinrent le plus d'attention, d'autant plus que j'étais comme une star avec mon super bonnet que j'avais tricoté moi-même avant de partir, elles en étaient toutes fascinées !!!

 

Du coup Gandmaya me fit comprendre que c'était ça qui l'intéressait d'apprendre. Je m'éxécutai alors avec grand plaisir !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ma professeure vint la rejoindre en cours de route, et ce fut une joyeuse dernière journée à tricotter !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦♦

 

A la fin de cette dernière après-midi, quand il fut l'heure de nous quitter, elles me firent l'honneur de m'orner de leur collier de fleurs traditionnel (des oeillets orange enfilés en un long collier). Je les avais vu faire la manoeuvre deux ou trois fois lorsque des groupes de "touristes ONG" étaient venus pour voir ce qu'elles faisaient grâce aux dons de l'ONG japonaise qui les finançait. Sauf que là, pour moi, ce fut sans doute un peu plus sincère, d'autant plus que je ne m'y attendais pas, étant donné que je les avais cotoyées pendant dix jours et que nous n'avions pas eu de chichis du genre "gentille occidentale/pauvre népalaise".

Et je peux vous dire que j'en eus les larmes aux yeux. Et c'est ce fameux soir-là, où j'en avais le coeur gros, malgré un fort désir de "retrouver" un peu plus de "civilsation" (je veux dire, de confort matériel), que ma petite vieille adorée vint en sus me dire aurevoir à sa manière et que cela me donna encore plus d'émotions (voir http://lucioledesplaines.uniterre.com/275670/Vivre+à+la+népalaise+et+apprendre+le+tissage+comme+à+son+origine+%28partie+I%29.html)

 

 

Comme je l'ai peut-être déjà dit plus d'une fois, ces dix jours en montagne furent la plus belle expérience d'immersion avec échange réel de personne à personne, de tout mon voyage à travers la Russie, la Mongolie, le Népal et l'Inde.

Il n'y eut pas de rapport d'argent. Je donnai un petit salaire à ma professeure pour la journée qu'elle passa à m'apprendre sa technique de tissage (somme totalement ridicule pour moi bien évidemment mais pour ma professeure, il fallut presque que Gandmaya la houspille pour qu'elle accepte mes 200 roupies , vu qu'elle ne comprenait pas du tout pourquoi je ferais ça).

J'achetai à Gandmaya deux autres petits sacs traditionnels, certes d'un prix bien plus élevé que celui réservé aux népalais (d'après les dires d'un des membres de la famille qui m'accueillait), mais toujours très correct par rapport à mon budget et je peux vous dire que ce fut bien l'une des rares fois où je me sentis vraiment heureuse de pouvoir donner de l'argent. Gandmaya eut un tel sourire de soulagement en recevant avec beaucoup de respect les 800 roupies que je lui tendis, que juste cela valait la justification du salaire. Je savais dans quelle misère elles vivaient, particulièrement, elle et Shanti, comparé à ce que j'avais vu et observé dans d'autres maisons de montagne, puisqu'elles m'avaient invité à passer une nuit chez elles. 

 

Ma position est rarement comprise par la plupart des gens avec lesquels j'évoque le sujet de l'argent et des rapports humains. Les seuls qui comprennent pleinement sont des voyageurs comme moi, qui n'ont pas forcément tant de moyens que ça pour voyager, et qui, à force d'être immergés continuellement dans des environnements plutôt touristiques, plus ou moins par choix, tandis qu'eux ne sont pas là en tant que touristes, mais en tant que personne cherchant à s'immerger dans la population locale, ressentent profondément comme une agression continuelle d'être considérés uniquement comme une machine à sous car ils sont occidentaux, donc ils ont forcément de l'argent, et en plus, vu que les occidentaux sont les sauveurs de la planète et qu'ils sont responsables de tout (du bien et du mal) sur la planète, c'est bien connu, leur seule utilité est de sortir de la merde les pauvres tiers-mondistes.

 

Mon discours peut en choquer plus d'un, bien sûr, et il continuera d'en choquer plus d'un, bien évidemment. Mais, dernièrement, à l'occasion des énièmes commémorations sur le Débarquement de Normandie, j'ai eu la surprise de tomber sur un document où il était question de la perception des soldats américains des français, juste après la libération.

Il n'y avait qu'un seul témoignage négatif, mais pour moi c'est celui-là qui fut le plus important : un soldat critiquait la "vénalité" générale des français, et utilisait également l'expression de "machine à sous"... J'appris donc que soixante-dix ans auparavant, après cinq années de guerre et d'occupation, le réflexe le plus primitif de peuple français fut de pomper allégrement la vache à lait américaine... Sans pour autant se départir de son anti-américanisme par la suite...

 

Et bien oui, c'est à peu près la même chose partout dans le "tiers-monde" où, soit le tourisme est développé à gogo et devient la principale économie du pays, comme au Népal, soit des ressources naturelles quelconques indispensables aux occidentaux, comme dans tant de pays d'Afrique ou du Moyen-Orient. 

Alors, la question n'est pas tant de savoir qui déconne, dans cette histoire, puisque nous avons chacun notre part de responsabilité (celui qui donne/celui qui reçoit ; celui qui sauve/celui qui dépend), mais plutôt de réfléchir à comment répartir intelligeamment les richesses Nord-Sud sans qu'il y ait intrinséquement des relations de dépendance/devoir.

 

Car, si je peux avoir une telle position, il existe des voyageurs qui en ont des biens plus radicales, et vont presque dans l'inverse du schéma de "l'occidental pourvoyeur d'argent et de civilisation".

Sunti (mon premier contact à l'origine de cette aventure), m'avait sermonée très lourdement avant que je parte pour que je donne bien la somme négociée avec elle à la famille qui m'hébergea pendant dix jours. Car deux ans auparavant, un sud-africain était venu passer deux semaines avec les tisserandes, pour découvrir leur travail avec l'ortie. Il avait également été logé au même endroit que moi. Et il était reparti sans absolument rien donner à quiconque, ni aux tisserandes, ni à ses hôtes.

 

Et effectivement, lorsque je donnai la somme négociée avec Sunti à mes hôtes, ils n'en crurent pas leurs yeux quand ils virent autant de billets dans leurs mains... Sans doute s'attendaient-ils à ce que j'agisse de la même manière que le sud-africain ? 

Je savais pertinemment que ce que je leur donnai était bien dix fois plus que ce que payerait normalement un népalais, comme j'avais aussi pleinement conscience que comparé au coût de la vie en France, cette somme était dérisoire.

C'est là où réside la subtilité de notre côté, les occidentaux : savoir quand laisser libre cours à notre "générosité" de sauveur, sans venir pourrir les repères et les notions liés à l'argent de ceux à qui on dispense cette générosité, parfois, pas vraiment justifiée.

 

La famille qui m'hébergea pendant dix jours venait tout juste de perdre deux chevreaux. Dans les montagnes, c'est l'un des principaux revenus complémentaires, élever des chevreaux pour les revendre ensuite pour les nombreux sacrifices mensuels lors des cérémonies hindouistes.

Cette famille, par leurs biens matériels, je peux vous dire qu'elle faisait partie des familles les plus riches de Shalija. Mais la perte de ces deux chevreaux les plongea quand même bien en deuil, car qui dit perte de deux chevreaux, dit manque à gagner de 4000 roupies chaque.

Voici donc une situation dans laquelle le "coup de pouce" d'un occidental peut être justifié, mais encore faut-il que ce ne soit pas systématique.

Les gens des montagnes vivent aujourd'hui encore presque de la même manière que depuis des millénaires. Il y a un portable dans chaque main, même s'ils n'ont pas toujours l'électricité pour le brancher... ni d'eau courante ni aucun confort matériel. Mais ils avaient des galères et des difficultés matérielles bien avant que l'occident arrive, et pourtant ils ont survécu tous ces millénaires et même ont réussi à garder leur mode de vie encore aujourd'hui.

 

Cette vie que j'ai expérimenté si peu, finalement (seulement dix jours), j'ai quand même eu le soupçon de quelque chose d'inconcevable chez nous dans nos têtes bien formatées au "progrès" et à la "modernité" : les népalais des montagnes, ils ne recherchent absolument pas à avoir notre vie matérielle, tandis qu'ils peuvent avoir une idée de la richesse matérielle par le biais de la télé, qu'ils ont tous un portable, et que même aux plus hauts sommets tu peux encore trouver une connexion internet...

 

Dans un contexte où les terribles tremblements de terre ont ravagé la vallée de Katmadou, que le bilan des victimes s'alourdit de jour en jour, une réflexion comme la mienne peut laisser perplexe...

 

Je terminerai, chers amis lecteurs, par l'annonce que je n'ai toujours pas eu de nouvelles de Shanti sur facebook, espérez avec moi que ce n'est que parce qu'il n'y a plus de connexion internet en ce moment dans ses montagnes !

 

 

Boussolement vôtre

 

 

 

 


commentaires {0} - Ajouter un commentaire
Publié à 08:00, le 7/05/2015, Kushma
Mots clefs : shalijatissage

Dorothée et Hongyang, mes nouveaux coaches d'Yvetot

Publié dans INTERMEDE

 

 

Que vous trouver comme excuse, chers amis lecteurs ?!? Je n'en ai point, mais la bonne nouvelle, c'est que vous allez enfin pouvoir avoir très prochainement la fin du cyle népalais, puis le cycle indien, et ce, avant le 22 Mai 2015 !!!

Je m'y engage avec fermeté, car la deuxième bonne nouvelle, je vous l'annonce avec grande joie, je vais réaliser ma première vraie expo sur mon voyage, enfin !

Le lieu : château de Varaignes, dans le nord de la Dordogne non loin d'Angoulême ; la manifestation : le marché des tisserands organisé par Fils et Métiers (http://www.filsetmetiers.com/) ; la date à retenir à tout prix : le week end de la Pentecôte, du 23 au 25 Mai !

 

La troisième bonne nouvelle, à l'origine de cette redynamisation, c'est mes retrouvailles avec mes chers amis franco-chinois rencontré pour la première fois à Irkoutsk en Russie et retrouvé ensuite à Oulan-Bator, pour plusieurs jours d'échanges passionnants sur nos périples respectifs, j'ai nommé Dorothée et Hongyuang ! 

 

Ma mémoire commençant quand même à me faire défaut avec tous les articles que j'ai écrit, je ne sais plus si je vous avais parlé d'eux en détail, donc je vais refaire un petit topo, à défaut (ainsi que le lien vers leur blog https://yvetotananjing.wordpress.com/ ).

 

Dorothée tomba amoureuse de la Chine lorsqu'elle était étudiante, fit son premier voyage de six mois là-bas à une vingtaine d'années, apprit la langue ensuite à l'université, et n'a jamais cédé à sa passion pour la Chine depuis. 

Hongyuang est venu en Allemagne pour faire ses études, mais la vie en a voulu autrement, puisqu'elle l'a redirigé vers la France en mettant sur sa route Dorothée (ils se sont rencontrés en Chine, je crois quand même).

 

Les voici tous les deux revenus en France, après leur périple parallèle au mien, puisque nous eûmes la Russie et la Mongolie en commun aux mêmes périodes, tandis qu'eux continuaient vers la Chine lorsque moi je m'envolais vers le Népal.

Ils faisaient à l'époque cette aventure accompagnés de leur petite Lou, adorable petite curieuse les yeux grands ouverts sur le monde, et aujours'hui la famille s'est agrandie d'une petite Mia née au mois de Novembre !

 

Le plus drôle, chers amis lecteurs, et le plus pratique, surtout, c'est qu'ils sont venus s'installer provisoirement dans la région natale de Dorothée, la Haute-Normandie !!! Donc "juste à côté de chez moi" !!! Enfin, cela n'a pas empêché que j'ai mis presque un an à venir les voir...

 

Bref, c'est un heureux moment pour nous tous, pour nous retrouver en tant que voyageurs momentanément resédentarisés, parler de nos difficultés de compréhension avec notre entourage et notre environnement, et nous aider à relativiser un peu tout ça !

 

Ce moment est aussi l'occasion pour moi de leur montrer en vrai tout ce que j'ai produit lors de mon voyage comme matières textiles, car bien que faisant partie de mes plus fidèles lecteurs, ils n'avaient pu jusqu'à présent visionner l'étendue de mon travail puisque je n'avais point terminé ni mon cycle népalais, ni mon cycle indien...

Bref, voici donc deux coaches qui s'improvisent pour m'aider à tenir mon objectif de clotûrer le récit de mon voyage d'étude textile pour le 22 Mai !!!

 

Alors, chers amis lecteurs, quand tout ceci sera fait, vous pourrez tous leur envoyer de grands remerciements !!!

 

Boussolement vôtre

 


commentaires {0} - Ajouter un commentaire
Publié à 14:17, le 2/05/2015, Yvetot
Mots clefs :

Retour officiel de Luciole Desplaines en France

Publié dans INTERMEDE

 

 

 

 

Après trois longs mois, chers amis lecteurs qui m'ont suivie tout au long de cette grande aventure, je vous annonce enfin mon retour en France en toute officialité !

 

Fait étrange, je vous l'accorde, d'annoncer son retour alors que je suis revenue le 28 Mai dernier... Mais ces trois longs mois étaient nécessaires pour me réadapter à la vie dans une société française à laquelle j'ai du mal à présent à réintégrer toutes les valeurs et les fonctionnements...

 

Je souhaite vraiment assurer tout ceux qui m'ont suivie passionnément que je n'ai point eu l'intention de les laisser dans le vague tout ce temps, sans nouvelles et sans terminer le récit de cet étonnant voyage au long cours. Ecrire n'est pas une mince affaire, vous vous en doutez, et écrire mal pour écrire vite, ne fait pas non plus partie de mes attributs !!!

 

Donc, mille pardons pour tous ceux qui sont restés dans l'expectative !

 

A présent, pour vous donner quelques faits, je suis revenue en France le 28 Mai de Delhi, après presque trois mois passés en Inde, où j'ai eu la grande chance d'apprendre le kalamkari, fameuse technique de peinture sur tissu dont je vous avais déjà parlé ultérieurement, et cerise sur le gâteau, j'ai également pu recevoir une initiation au block printing (impression sur tissu à l'aide de blocs gravés) avec Dakshinamurti, grand maître de cet art version Andhra Pradesh (il existe plusieurs techniques de block printing en Inde), rencontré lorsque j'apprenais le kalamkari, et avec qui nous avons noué une relation de respect mutuel quant à nos savoir-faires respectifs.

Tout ceci vous sera narré bien évidemment en temps et en heure !

 

Le climat tropical de l'Inde du sud où j'ai résidé pendant plus d'un mois, ainsi que la nourriture excessivement épicée, ont eu raison de mon organisme si peu adapté à ce type de conditions. Oh, je n'ai pas eu de graves problèmes de santé, juste quelques intoxications alimentaires depuis mon séjour au Népal, mais les longs mois à sans cesse m'adapter à quelque chose de nouveau et qui ne correspondait pas forcément à ce dont mon corps avait besoin, ont tout de même eu le dernier mot sur ma volonté infaillible de persévérer jusqu'au bout de ce que j'avais prévu (c'est-à-dire, rentrer en Europe par la route de la soie)...

Le manque de moyens conséquents quant à la nature de mes projets de rencontres avec des artisans, afin d'apprendre des techniques différentes de tissage, broderie, impression, etc. a fini également par me décider à interrompre cet itinéraire en plein milieu, revenir en France pour pouvoir préparer un nouveau départ avec de nouveaux moyens plus adaptés à ce projet ambitieux !

 

Et oui, bien évidemment, je ne compte pas rester en Europe trop longtemps, j'ai trop peur de "m'encroûter"... La liberté et l'indépendance du nomade ont certains prix à payer, il est donc nécessaire de se poser quelques instants pour réunir de quoi payer ce prix !

 

Me voici donc semi-sédentarisée en France pour une grosse année (attention, j'essaie de garder mon rythme de pas plus de dix jours dans un même endroit quand même !!!), entre un travail en intérim en tant que brodeuse dans les ateliers parisiens pour les collections de Haute Couture (et ceci n'est pas une mince affaire, lorsque vous avez disparu de la circulation pendant un an !), une formation de dentelle de Bayeux (qui démarrera mi-Octobre), une formation d'aide à la création d'entreprise (et oui, il est temps que Luciole Desplaines se mette à son compte en tant que designer textile pour de vrai !), des projets d'expo photo sur Caen, sans oublier de parcourir la France pour dire bonjour à tous ceux que je n'ai pas vu depuis longtemps !!!

 

Surtout, je m'attelle à nouveau à la tâche de vous produire ce pour quoi vous avez suivi ce blog, les derniers articles de mon cycle népalais, ainsi que mon dernier cycle sur l'Inde. Je ne sais encore quel rythme j'aurai, en tout cas, ne désespérez pas, chers amis lecteurs, je terminerai bien tout ceci un jour !

 

Boussolement vôtre

 

 

 

 

 


commentaires {1} - Ajouter un commentaire
Publié à 22:28, le 19/09/2014, Caen
Mots clefs :

Page précédente Page suivante


Accueil
Qui suis-je ?
Mon itinéraire
Livre d'or
Album photos
Archives
Mes amis

Mes albums

Où suis-je actuellement ?



Derniers articles
- Ideal Women Development Center
- Rajni et Pragya : la plus belle rencontre de tout mon périple
- Vivre à la népalaise et apprendre le tissage comme à ses origines (partie II)
- Dorothée et Hongyang, mes nouveaux coaches d'Yvetot
- Retour officiel de Luciole Desplaines en France

Rubriques
- CHAPITRE I : RUSSIE
- CHAPITRE II : MONGOLIE
- CHAPITRE III : NEPAL
- INTERMEDE
- PROLOGUE : PREPARATION ET ROBE DE MARIEE

Sites favoris
- luciole desplaines
- association davaï
- centre folklorique kuntseva
- coopérative ar arvijin delgerekh
- great baikal trail
- acted
- atelier sculpture beaux-arts bruxelles
- silk road by bike
- châles pavlovo posad
- costume russe

Mes amis

Newsletter

Saisissez votre adresse email